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L’enseignement de la lectoécriture d’une langue dite orale
dans un contexte bilingue diglossique : le guarani, langue officielle du
Paraguay.
Abstract
L’enseignement en/du guarani fait partie du projet politique
de la nouvelle démocratie paraguayenne qui se met en place en 1989.
Les outils en sont la constitution nationale votée en 1992 qui affirme
que le Paraguay es t bilingue (deux langues officielles : le castillan
et le guarani) et la réforme de l’enseignement comprenant un plan
d’enseignement bilingue, qui se met en place en 1994.
Le guarani, parlé par 87% de la population est une langue
amérindienne de communication orale , mais est-ce véritablement
une langue orale ?
Du point de vue historique : le guarani (Branche Tupi Guarani)
est la langue en expansion jusqu’à la conquête espagnole.
Communication orale et écriture cunéiforme. Langue écrite
et orale de la colonie, structurée par les jésuites(dictionnaires
et grammaires avec l’alphabet latin). Langue identitaire à l’époque
de l’indépendance dans une forme hispanoguaranie ; peu écrite,
maintenue dans l’oralité. Actuellement langue officielle elle entre
par l’enseignement dans l’écriture. Abandon de l’oralité,
abandon de l’indigénéité par son enseignement massifié.
Du point de vue psycholinguistique : Langue de communication orale partagée par tous ; langue de l’intime (amour et humour) ; langue dépréciée en contexte unilingue ; langue valorisée en contexte bilingue.
Du point de vue sociolinguistique : la communauté unilingue guaranophone ne recouvre pas la communauté sociale bilingue guaranophone. Langue amérindienne parlée par une large majorité de paraguayens toute origine linguistique confondue.
Le guarani a évolué librement dans l’oralité et l’orature dans un contexte bilingue diglossique. Le bilinguisme est mal évalué mais la structure mentale guaranie domine dans la communication orale et écrite en castillan. Passer de l’oralité à l’écriture provoque une série de bouleversements tant du point de vue didactique que psycholinguistique.
L’éducation nationale a fait le choix de mettre en place des
école de modalité hispanophone ou guaranophone , partant
du principe que l’enseignement des fondamentaux se fait dans la langue
maternelle de l’apprenant. L’accès à la langue de l’autre
se fait progressivement et simultanément.
La problématique de l’enseignement en et du guarani n’est pas
d’apprendre à communiquer mais de transformer une langue orale rendant
compte du quotidien en une langue écrite permettant la création.
Ecrire une langue confinée dans l’oralité et étendre
sa sphère de diffusion nécessite planification et normalisation.
Le ministère recommande la graphie adoptée en 1944, abandonnée
ensuite par la dictature. Il recommande en outre la création des
néologismes utiles à l’expression scientifique et technologique.
Sa position est souple afin de ne pas heurter les deux camps idéologiques
qui s’affrontent : guarani tribal ou yopara .
Les outils métalinguistiques dont disposent les enseignants montrent
que le guarani reste une langue subordonnée à la langue castillane
: il n’existe pas de dictionnaire unilingue et la plupart des grammaires
sur le marché a une approche contrastive. Approche d’ailleurs recommandée
aux enseignants dans les cours de formation.
Le ministère publie de nombreux ouvrages didactiques dont des
guides pour enseigner le guarani langue 1 et langue 2.
| Création:
8.10.99
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