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Une des difficultés importantes ppour des francophones apprenant
le néerlandais est l’usage des verbes de position zitten (“être
assis”), liggen (“être couché”) et staan (“être debout”).
La même difficulté apparaît pour l’apprentisage de l’anglais
(sit/lie/stand) et le suèdois (sitta/ligga/stå).
Pour le mieux comprendre, if faut se réaliser que le problème
se pose sur deux niveaux. Premièrement, les étudiants apprenant
le néerlandais (mais aussi l’anglais ou le suèdois) doivent
se réaliser le charactère obligatoire des verbes de position
dans cette langue: presque tout discours concernant un object localisé
dans un espace physique ou abstrait exige zitten, staan ou liggen et non
un verbe général comme zijn (“être”) ou zich bevinden
(“se trouver), le cas défault en français. Après avoir
maîtrisé quels sont les contextes dont il faut utiliser un
verbe de position, l’étudiant est de nouveau confronté avec
le problème de choisir un des trois verbes, un choix qui n’est pas
du tout libre mais pour lequel il n’y a pas, à première vue,
des règles claires et faciles. Quelques exemples (dont les étudiants
disent qu’ils sont assez “exotiques”) suffisent à montrer le problème.
(1) Het bord staat op tafel.
‘L’assiette est debout sur la table’ = L’assiette
est sur la table.
(2) Er zit stof op je jas.
‘Il y est assise de la poussière sur ton manteau’
= Il y a de la poussière sur ton manteau.
(3) De toekomst ligt open.
‘L’avenir est couché ouvert.’ = L’avenir
est ouvert.
En simplifiant la vie, beaucoups de grammaires scolaires ont traité
la différence comme si les dimensions de VERTICALITÉ
et de HORIZONTALITÉ sont décisives, mais dans une telle perspective,
il y reste beaucoup des exceptions à étudier par cœur (cf.
exemple (1)), une tâche assez difficile si on ne voit pas de logique.
En plus, l’usage fréquent du verbe néerlandais zitten pour
coder la position des objets autre que des êtres humaines assis reste
à expliquer. Dans mes cours de néerlandais, j’ai developpé
une approche cognitive qui essaie d’expliquer le choix du verbe en termes
sémantiques, en montrant que les néerlandophones, comme presque
tous les germanophones, ont des conceptualisations des objets (animés
ou inanimés) qui font recours à la notion d’images schématiques
(dans la littérature anglaise appelés image schemas).
Un tel approche permet de décrire les réseaux sémantiques
des verbes de position comme des catégories conceptuelles structurées
autour d’un noyeau prototypique, dans les cas en question, les trois positions
primaires du corps humain.
L’analyse cognitive réussit à fournir une explication
unifiée, qui montre la motivation sémantique de presque tous
les usages des verbes de position en néerlandais. Evidamment, on
n’arrive pas à faire des prédictions globales et absolues—et
c’est bien la question si ce type de prédications sont vraiment
possibles et désirables—mais on peut arriver à formuler des
prédictions locales (des observations pareilles dans la domaine
de la morphologie ont été fait, par exemple, par Hünig
2000). Il y reste, bien sûr, des cas dont la motivation n’est pas
facile à montrer, mais la liste sera énormément réduite
et contiendra des usage qui probablement ne sont plus claires pour les
néerlandophones eux-mêmes (par example, des cas des métaphores
non-transparents).
Des expériences didactiques informelles ont montré que
cette méthode aide les étudiants beaucoup dans leurs maîtrise
du néerlandais. Il y a aussi beaucoup des variations de codage,
où il y ait, à première vue, un choix libre entre
deux verbes, comme dans les exemples suivants:
(4) a. Ik sta in de file.
‘je suis debout dans l’embouteillage’ = Je suis dans l’embouteillage.
b. Ik zit in de file.
‘je suis assis dans le embouteillage’ = Je suis dans l’embouteillage.
(5) a. Waar staat de Eifel toren?
‘Où est debout le tour Eifel’ = Où
se trouve-t-il le tour Eifel?
b. Waar ligt de Eifel toren?
‘Où est debout le tour Eifel’ =
Où se trouve-t-il le tour Eifel?
Sans doute, beaucoups de néerlandophones (non-linguistes) diraient
spontannément que ces variations ne sont qu’une question de choix
de mots, plutôt une variation personnelle où stylistique.
Une analyse de données montre que le choix n’est pas du tout libre
ou sans changement de sens, mais que les locuteurs suivent des indications
textuelles subtiles. Comme le dit la Grammaire Cognitive (cf. Langacker
1987, 1991), les variations impliquent des images conceptuelles différentes.
En utilisant des résaux semantiques prototypiques, on peut clarifier
où se trouvent-t-ils les cas problèmatiques et quels sont
leurs conséquences.
La différence entre le français (et les autres langues
romanes) et les langues germaniques se réduit donc à une
différent degré de spécificité, où les
langues germaniques sont plus spécifique concernant la “manière
d’être positionné”. Cette différence n’est pas limité
aux verbes de position. Slobin (1996, 2000) montre qu’il y a une dichotomie
pour des verbes de mouvement. Les langues germaniques (mais aussi d’autre,
comme le russe) peuvent comprimer la notion de mouvement et la manière
de mouvement dans un seule verbe (p.e. anglais run (“courir”), jump (“sauter”),
shuffle (“traîner les pieds”), waltz, etc.). Les langues romanes
ont des verbes pour une partie de ce group de verbes (on note néanmois
traîner les pieds), mais le nombre n’est pas si important (et par
conséquent il y a plus de nuances de mouvement codé dans
les verbes germaniques) et leur usage est signicativement moins courant.
Voici un exemple typique:
(6) a. She ran into the room.
b. Il est entré dans la chambre (en courant).
On peut, bien sûr, rendre la manière de mouvement plus
explicite (en courant dans l’exemple) mais c’est moins courant. En plus,
ce type de codage rend la manière plus explicite que c’était
le cas dans la structure anglaise originale.
Même à l’intérieur des langues germaniques, on
note une correspondance entre les conceptualisations de position et de
mouvement. Par exemple, en néerlandais, le verbe de position n’est
pas le même pour tous les animaux, mais dépend de leur correspondance
avec l’image schématique. Pour des insects, par exemple, on dit
toujours qu’ils sont ‘assis’ (zitten) et non staan (“être debout”),
tant qu’il se reposent sur les pieds. Dans la domaine de mouvement, on
voit que dans ces cas, le mouvement des insects est conceptualisé
comme kruipen (“ramper”) plutôt que lopen (“courir/marcher”). On
note néanmoins que la correlation est prototypique, mais pas absolue.
En brèf, la différence entre les langues germanique et
les langues romanophones dans la domaine de verbes de position n’est qu’un
seule exposant d’une différence plus fondamentale. Pour être
effectif, tout enseignement des langues germaniques aux romanophones devrais
rendre cette différence explicite.
1 Cf. Gibbs 1994; Johnson 1987,1991; Lakoff 1987; Serra Borneto
1996 et Van Oosten 1986
2 Un étudiant a même remarqué que “le système
est alors très subtile”.
Bibliographie
Gibbs, Raymond W. et al. 1994. “Taking a Stand on the Meanings of Stand:
Bodily Experience as Motivation for Polysemy”. Journal of Semantics 11.
231-251.
Hüning, Mattias. 2000. “Word formation from a contrastive perspective”
Paper presented at the conference on “Languag, Culture, and Cognition”,
Leiden, march 22-23.
Johnson, Mark. 1987. The Body in the Mind. Chicago: University of Chicago
Press.
-------. 1991 “Knowing through the Body”. Philosophical Psychology
4. 3-20.
Lakoff, George. 1987 Women, Fire and Dangerous Things. Chicago: Chicago
University Press.
------- & Mark Johnson. 1980. Metaphors We Live By. Chicago: Chicago
University Press.
Langacker, R.W. 1987, 1991. Foundations of Cognitive Grammar. Vol.
I&II. Stanford: Stanford University Press.
Serra Borneto, Carlo (1996). “Liegen and stehen in German: A study
in horizontality and verticality” in: E. Casad, (ed.) Cognitive Linguistics
in the Redwoods, Berlin: Mouton de Gruyter, 458-505.
Slobin, I. Dan. 2000. “Saturation of a semantic field” Paper presented
at the conference on “Languag, Culture, and Cognition”, Leiden, march 22-23.
Van den Toorn, M.C., (1972) “Over de semantische kenmerken van staan,
liggen en zitten.” 459-464.
Van Oosten, Jeanne. 1984. “Sitting, Standing and Lying in Dutch: A
Cognitive Approach to the Distribution of the Verbs Zitten, Staan, and
Liggen. In : Jeanne van Oosten & Johan Snapper (eds.). Dutch linguistics
at Berkely, UCB. 137-160
| Création:
8.10.99
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