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Le développement des composantes et des sous-composantes narratives
en situation de rappel immédiat de supports auditifs connus vs non-connus.
Abstract
"Pour savoir qu'un texte est un récit, l'utilisateur de la langue
essaiera de schématiser les macropropositions dans un schéma
narratif superstructural. Ou tout au contraire, s'il sait déjà
ou s'il présume qu'il s'agit d'un récit, il cherchera les
contenus sémantiques adéquats qui conviennent pour remplir
les cases vides du schéma" (Van Dijk, 1981 : 36). De nombreux auteurs
ont travaillé sur cette macrostructure du schéma narratif
(Adam, 1985 ; Berman & Slobin, 1994 ; Bremond, 1973 ; De Weck, 1991
; Fayol, 1985 ; François, 1993 ; Labov, 1967 ; Revaz, 1997 ; Van
Dijk, 1973Š ) et, même si le découpage du texte narratif n'est
pas exactement identique chez tous ces spécialistes du texte, on
retrouve néanmoins toujours trois composantes qui sont l'"Orientation",
la "Complication" et la "Résolution". Ces trois composantes narratives,
qui rendent compte du niveau global, se subdivisent en sous-composantes
narratives qui représentent le niveau plus local.
L'objectif de cette communication est de montrer que si le schéma
narratif superstructural organisé en trois composantes est très
précocement possédé et activé en mémoire
à long terme, la structure narrative en sous-composantes est différemment
restituée en fonction de l'âge et du degré de familiarité
du support auditif proposé aux sujets.
2. Méthodologie
2.1. Sujets
La population étudiée se répartit selon deux groupes.
Le groupe expérimental est composé de 50 enfants : 10 enfants
de CP (6 ans), 10 enfants de CE1 (7 ans), 10 enfants de CE2 (8 ans), 10
enfants de CM1 (9 ans) et 10 enfants de CM2 (10 ans). Le groupe référence,
constitué de 10 sujets adultes de fin de première année
d'université, a été mis en place pour montrer qu'une
tâche de restitution correspond à un phénomène
qui continue de s'élaborer après l'âge de 10 ans et
qui peut être considéré comme assimilé à
l'âge adulte seulement.
2.2. Protocole
Les sujets ont été mis en situation de restitution
de narrations à partir de deux supports auditifs distincts : la
variable différenciant ces deux histoires est le trait [+/- connu].
La première situation d'écriture consistait en l'écoute
de l'histoire du Petit Chaperon Rouge, écoute à l'issue de
laquelle nous avons demandé aux sujets de réécrire
le récit qu'ils venaient d'entendre. Selon le même protocole,
nous avons proposé, dans un second temps, la restitution d'une histoire
non-connue intitulée Dan, le petit chasseur canadien. Celle-ci a
été modifiée afin de présenter une longueur
(en nombre de mots) et un nombre de personnages, de composantes et de sous-composantes
narratives équivalents à ceux du le Petit Chaperon Rouge.
3. Codage
Le corpus a donc été envisagé au niveau des composantes
narratives et au niveau des sous-composantes narratives. Pour rendre compte
du niveau global, nous avons divisé les deux supports auditifs et
les productions des sujets selon les trois composantes définies
en introduction (Orientation, Complication et Résolution). Pour
analyser les textes d'un point de vue plus local, les supports auditifs
et les productions des sujets ont été segmentés en
onze sous-composantes narratives, chacune d'elle étant essentielle
au bon déroulement des histoires.
4. Hypothèses
L'objectif de ce travail est multiple : pour chacune de ces deux approches,
nous avons testé une hypothèse développementale et
une hypothèse mesurant la validité de la tâche expérimentale.
? Au niveau des composantes narratives :
Hypothèse 1 : nous souhaiterions tester l'hypothèse développementale
selon laquelle la structure narrative en trois composantes serait possédée
et activée très précocement.
Hypothèse 2 : si le schéma narratif superstructural est
effectivement ancré en mémoire à long terme, les comparaisons
entre le rappel d'une histoire [+ connu] et la restitution d'une histoire
[- connu] devraient conduire à des résultats non significatifs.
? Au niveau des sous-composantes narratives :
Hypothèse 1 : nous montrerons que le rappel de supports auditifs,
mesuré sur la présence ou l'absence de onze sous-composantes
narratives est exhaustif à partir d'un certain âge seulement.
Hypothèse 2 : le trait [+ connu] qui caractérise l'histoire
Petit Chaperon Rouge possède devrait donner lieu à des rappels
plus complets et, par conséquent, plus cohérents que ceux
rassemblés en situation de restitution de Dan, le petit chasseur
canadien, récit assorti du trait [- connu].
5. Résultats
Le traitement quantitatif et qualitatif des données conduit
aux résultats suivants :
? Au niveau des composantes narratives :
La première hypothèse est confirmée. En effet,
le schéma narratif global est précocement acquis étant
donné qu'on le retrouve dans les productions des sujets âgés
de 7 ans qui restituent la superstructure en trois composantes à
93 % pour le Petit Chaperon Rouge et à 87 % pour Dan, le petit chasseur
canadien. Cependant, quel que soit le texte, nous observons que la variable
de l'âge a un effet significatif sur la réécriture
des composantes présentes dans les supports auditifs (F(5.54) =
9,036; p < ,0001 dans le cas du Petit Chaperon Rouge et F(5.54) = 13,970
; p < ,0001 dans le cas de Dan, le petit chasseur canadien) car les
sujets de 6 ans, gênés par une activité grapho-motrice
non-encore automatisée, restituent les structures du Petit Chaperon
Rouge et de Dan, le petit chasseur canadien à, respectivement, 63
et 47 %.
La deuxième hypothèse est également attestée
: toutes tranches d'âge confondues, le résultat n'est pas
significatif entre la reproduction des structures [+/- connu], ce qui signifie
que les sujets possèdent et parviennent à reproduire une
structure narrative en trois composantes indépendamment du caractère
[+/- connu] d'une histoire.
? Au niveau des sous-composantes narratives :
La première hypothèse est validée car l'étude
du corpus a montré que la structure en onze sous-composantes est
différemment restituée en fonction de l'âge. Cette
variable "âge" a un effet significatif tant pour le Petit Chaperon
Rouge (F(5.54) = 25,832 ; p < ,0001) que pour Dan, le petit chasseur
canadien (F(5.54) = 32,199 ; p < ,0001). Pour le Petit Chaperon Rouge,
ce résultat s'explique de nouveau par le comportement des 6 ans
alors que pour Dan, le petit chasseur canadien, l'ensemble des tranches
d'âge contribue au degré de significativité.
La seconde hypothèse est aussi confirmée : toutes
tranches d'âge confondues, la restitution du Petit Chaperon Rouge
s'oppose significativement au rappel de Dan, le petit chasseur canadien
(F(5.108) = 15,824 ; p = ,0001), ce qui indique qu'à un niveau local,
le trait [+/- connu] d'une histoire joue un rôle non négligeable
sur la restitution que les différents sujets font des supports auditifs
proposés.
6. Conclusion
Cette analyse des composantes et des sous-composantes narratives
en situation de rappel immédiat de récits assortis du paramètre
[+/- connu] atteste que le schéma narratif superstructural en trois
composantes est précocement ancré en mémoire à
long terme. Il est, dès lors, facilement activable, quel que soit
le degré de familiarité du récit à restituer.
Dès l'âge de 7 ans, les sujets reproduisent aussi bien les
trois composantes narratives du Petit Chaperon Rouge et de Dan, le petit
chasseur canadien. Cependant, si on considère le niveau plus local
représenté par les onze sous-composantes narratives, l'introduction
du trait [+ connu], en libérant de l'espace cognitif, facilite le
rappel et donne lieu à des récits plus complets, plus cohérents
et, par conséquent, plus compréhensibles.
| Création:
8.10.99
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