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Essai de modélisation des processus mentaux mis en œuvre dans
la prise de notes en L2
Faraco
Cette réflexion s’inscrit dans le cadre de l’observation de
non-natifs (étudiants européens du cursus LEA Europe) soumis
à une exposition toute particulière à la langue seconde
(L2), dans une université d’accueil française. Nous voudrions,
à long terme, modéliser les processus mentaux à l’œuvre
dans l’activité de prise de notes (PN) comme illustration de l’activité
cognitive et métacognitive, non pas dirigée sur l’apprentissage/acquisition
de la L2, mais sur la seule finalité de réussite aux examens
universitaires. A priori l’étudiant qu’il soit scripteur natif (SN)
ou scripteur non natif (SNN), mobilise deux types de compétences
: cognitives (compréhensions globale et détaillée
du cours et métacognitives (méthode de tri des informations,
structuration du discours et restitution personnalisée des informations).
Toute la difficulté de la PN réside dans le fait que
l’étudiant doit comprendre, trier et reformuler le discours de l’enseignant
en temps réel. En outre, ces tâches sont alourdies par
un coût cognitif supplémentaire pour les étrangers,
dû à la persistance de certaines difficultés linguistiques
(français général, français de spécialité,
discours de type argumentatif).
Dans une perspective plus globale, le problème de la PN en L2
se résume à la gestion métacognitive du cours. Cette
dernière comprend bien évidemment l’activité de PN
qui suit deux mouvements solidaires l’un de l’autre : compréhension
(conceptuelle et linguistique) et conduite scripturale (savoir-faire conventionnels
et/ou personnalisés de la technique) dans le but de faire un résumé
sur mémoire avec sélection des informations. Pour s’équilibrer,
ces deux tâches nécessitent de la part du sujet une planification
dépendant d’une sorte de moniteur métacognitif. En effet,
un contrôle incessant permet tout à la fois au SNN d’établir
un jugement de faisabilité de sa conduite scripturale et d’acquérir
une certitude de sa saisie conceptuelle.
Curieusement, un suivi transversal des PNs des NNs (Faraco 1997) a
montré que ces derniers développaient des comportements stratégiques
de compensation leur permettant de bien répondre (si ce n’est mieux
que les SNs) aux exigences académiques de l’université française.
Serait-il possible que la PN en L2 cristallise une activité dans
laquelle pourrait apparaître une stabilisation des connaissances
par instabilité linguistique ?
La présente étude expérimentale a pour but de
vérifier qu’il existe une évolution de la performance des
SNNs en PN (due à une familiarisation à la technique de PN)
par analyse des paramètres temporels de l’écriture (déjà
testée en psychologie cognitive) pour observer en temps réel
l’activité de PN en L2.
Dans cette communication, seront présentés les premiers
résultats d’une étude pilote d’analyse on line des paramètres
temporels de la PN en L2 (débit d’écriture, répartition
et durée des pauses en millisecondes ainsi que retours en arrière)
dans le but de confirmer ou d’infirmer certaines hypothèses formulées
lors d’études empiriques menées précédemment
qui, elles, portaient sur une analyse après coup des traces écrites
consignées par les sujets dans leurs PNs (Faraco 1997 a et b). Nous
analyserons dans cette expérience deux types de sujets non natifs
: non familier à la PN (SNN-) et plus familier à la PN (SNN+),
exposés à une quinzaine de minutes d’un cours universitaire
enregistré. Les hypothèses à vérifier sont
les suivantes :
SNN- : décalage temporel important entre production écrite
et stimulus oral par méconnaissance, entre autres, du système
de PN (abréviations, icônes, mise en page) augmentant avec
la spécificité argumentative du discours de l’enseignant
; parties explicatives, parenthèses et exemples absents ou déconnectés
de la logique générale
SNN+ diminution du décalage temporel entre stimulus oral et
retranscription écrite par utilisation d’abréviations conventionnelles
et personnelles ; mise en page comme relais de la structure logique.
Reste à savoir si, sous des conditions identiques de laboratoire,
ce SNN+ est susceptible de montrer, comme nous l’avons supposé précédemment,
une aussi bonne (sinon une meilleure) consignation du contenu informatif
du cours et de sa structure argumentative qu’un SN.
La perspective d’ensemble dans laquelle s’inscrit le présent
travail est celle de l’observation du procès d’utilisation de stratégies
compensatoires dans une résolution de tâche pour des sujets
qui n’y sont pas familiers voire, à long terme, à accélérer
la familiarisation à une technique inconnue ou mal connue quelle
qu’elle soit.
FARACO M. (1997 a). « Technique de prise de notes en français
spécialisé », Le Français Dans le Monde n°
287 : 38-40.
(1997 b). « Etude longitudinale de la prise de notes d’un cours
universitaire français », Asp, n° 15/18, Geras, Université
de Bordeaux :41-54.
| Création:
8.10.99
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