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ANALYSE DES TRACES D'ACTIVITE METACOGNITIVE ET METALINGUISTIQUE
DANS UN CORPUS DE FLE
Maria Dolors CAÑADA (Universitat Pompeu Fabra. Barcelona)
Llúcia MOLINOS (E.O.I. Barcelona núm II)
1. Introduction
Dans l’histoire de l’enseignement des langues étrangères,
on s’est longtemps attaché à l’étude des productions
des apprenants comme point de départ des réflexions sur l’apprentissage.
Ce n’est que depuis quelques années que les recherches dans ce domaine
s’intéressent aux processus. Étant nous-mêmes enseignantes
de langue, notre travail se situe dans cette dernière perspective
et a pour objet d’étude le discours de la classe. La question que
nous nous sommes posée au départ pourrait être formulée
comme suit : dans quelle mesure les processus interactifs favorisent l’acquisition
de la langue ? Nous nous intéressons donc aux situations symétriques
d'échange entre apprenants non-natifs, en milieu scolaire.
Dans une première étape de notre recherche, nous avions
proposé à nos apprenants la réalisation en groupe
d’une activité d’expression orale orientée vers la résolution
de problèmes . Notre analyse nous a permis de constater que la forte
implication personnelle de la part des étudiants lors de la discussion
fait que l’objectif communicatif prime sur tout autre aspect, de sorte
qu’il n’y a pas de trace explicite de réflexion sur le code (BANGE
1992). Conscientes de la nécessité d'introduire dans la classe
de langue étrangère des activités qui favorisent la
réflexion métalinguistique, nous avons essayé de créer
« l’espace » nécessaire à cette réflexion
en proposant à nos étudiants la rédaction en groupe
d’un texte écrit, activité qui devrait permettre aux apprenants
de prendre en charge leur discours comme objet d’attention. Notre but était
donc d’analyser les diverses stratégies de co-construction du discours
en accordant une attention particulière aux mouvements d’étayage
(scaffolding) .
Nos premières constatations vont dans le sens que le travail
en coopération constitue le cadre idéal pour l’émergence
de phénomènes relevant de l’étayage collectif. Au
cours du processus de co-construction, l’activité métalinguistique
(qui se manifeste dans notre corpus de façons diverses) est très
intense chez tous les participants et c’est surtout cette activité
qui permet que les apprenants puissent s’entraider et avancer dans leur
processus d’apprentissage.
2. Méthodologie
2.1. Objectifs
Notre premier objectif étant celui d’observer, analyser et interpréter
les procédés utilisés par nos apprenants de FLE pendant
la négociation et la rédaction d'un texte écrit, nous
sommes parties de l’hypothèse que l'activité d'écriture
en collaboration constitue un espace privilégié pour l'activité
de réflexion sur la langue (TREVISE 1996) et que ce travail en collaboration
favorise l’apparition de mouvements d’étayage collectif. Plus concrètement,
nous voulions savoir quels étaient les procédés utilisés
par les apprenants lors de l'interaction, quelle était la relation
entre ces procédés et la fonction qu’ils remplissaient dans
la négociation du texte, quels niveaux linguistiques faisaient l'objet
de la discussion, et, finalement, s'ils employaient des termes relevant
de la métalangue et, le cas échéant, dans quel contexte
ils apparaissaient.
2.2. Contexte
Le cadre institutionnel dans lequel nous avons réalisé
notre recherche sont les Escoles Oficials d’Idiomes, institutions publiques
dépendant, dans notre cas, du Departament d’Ensenyament de la Generalitat
de Catalunya. Il s’agit de centres consacrés exclusivement à
l’enseignement des langues étrangères ou secondes où
le public est constitué d’apprenants adultes qui, par conséquent,
connaissent déjà une ou plusieurs langues (la plupart des
élèves sont bilingues catalan-espagnol), d’origine sociale
et niveau culturel hétérogènes, et dont les objectifs
d’apprentissage sont aussi très variés. Nous avons centré
notre attention sur un groupe d’élèves de troisième
année (niveau intermédiaire) qui avait suivi lors du recueil
des données environ 300 heures d’enseignement. La réalisation
d’activités en groupe étant une pratique habituelle dans
les Escoles Oficials, les apprenants avec lesquels nous avons travaillé
étaient déjà familiarisés avec ce type de travail.
L'analyse que nous présentons correspond à un seul sous-groupe
composé de trois étudiants : Martí (MA), Neus (NE)
et Olga (OL).
2.3. Phases de la recherche
Nous avons proposé à la classe une tâche comportant
deux phases. La première consistait à définir un projet
quelconque d’amélioration de la ville ou du quartier des apprenants
à partir d’une discussion orale d’environ 15 minutes au cours de
laquelle ils devaient aussi déterminer l’auteur ou les auteurs du
texte et le public visé. La seconde phase comportait l’écriture
d’un texte adressé aux membres de leur communauté afin de
les motiver à participer au projet. Le professeur avait fourni des
schémas de départ permettant de guider la phase d’écriture
et leur avait accordé 30 minutes pour la rédaction en coopération.
Les négociations lors de l’écriture du texte ont été
enregistrées et transcrites. Les normes de transcription adoptées
sont en général orthographiques bien que nous ayons ajouté
d’autres critères qui rendent compte des caractéristiques
du discours oral :
MA, LU, SI … apprenants
/, //, /// pauses plus ou moins longues
je::, que::: allongement proportionnel du son précédant
le symbole « : »
com es diu això? l’italique indique le passage en L1 (catalan
ou espagnol)
(d’accord) transcription incertaine
X, XX, XXX incompréhensible
((elle écrit)), ((rires)) actions non-verbales
[pø] transcription phonétique
NU: la lettre / OL: oui interventions simultanées
de plusieurs apprenants
Nous avons appliqué ensuite au corpus une microanalyse fonctionnelle
de discours (FAWLEY & LANTOLF 1985, DONATO 1994) qui nous a permis
de nous centrer sur le déroulement de l’interaction entre les apprenants
au cours de l’activité : nous avons interprété la
fonction des actes de parole produits par les intervenants, et nous avons
surtout interprété leur rôle au sein de l’épisode
pour mettre en évidence les processus cognitifs qui sont à
la base de l’activité d’apprentissage.
Ultérieurement, chaque épisode où il se produit
la construction collective d’un énoncé a été
représenté sous forme de schéma analytique (ESTEVE
1999 d’après DONATO 1994) dont la lecture globale permet d’observer
le contenu exact de la négociation et le degré de difficulté
que représente pour les apprenants chaque phase ; l’adéquation
à la norme des connaissances apportées par chaque intervenant
; le type de problèmes linguistiques qui se manifestent au cours
de l’échange ; la relation entre apports linguistiques individuels
et consécution de l’objectif : la construction de nouveaux signifiés
(ESTEVE 1999 : 211).
Après avoir identifié et analysé les différents
épisodes, nous avons approfondi l'étude des données
à partir de la catégorisation de VILLAMIL et GUERRERO (1996)
qui tiennent compte de descripteurs suivants : procédé, fonction,
métalangue et aspect grammatical.
Les procédés sont les moyens utilisés par les
apprenants pour résoudre les problèmes linguistiques et qui
leur servent en même temps de stratégie d’étayage ;
par exemple, la reformulation, le commentaire métamorphologique,
la lecture....
La fonction concrète de chaque procédé est définie
dans le fragment du discours dans lequel il se trouve ; par exemple, l’apprenant
peut avoir recours à une hétéroreformulation pour
« encourager les membres du groupe à proposer d’autres formulations
» .
Nous avons observé aussi si les apprenants utilisent ou non
des termes de la métalangue lors d’un procédé, si
ces termes sont spécifiques ou non spécifiques et en
quelle(s) langue(s) ils apparaissent.
Finalement, la catégorie aspect grammatical doit être
entendue dans un sens large qui comprend aussi bien le niveau phonético-phonologique
que les niveaux textuel et pragmatique.
3. Résultats de l'analyse du corpus
3. 1. La réflexion métalinguistique et métadiscursive
Comme il a été dit plus haut, l’activité d’écriture
en collaboration constitue un espace privilégié pour l’activité
de réflexion sur la langue. Nous avons constaté qu'il se
produit dans le groupe une véritable construction collective du
discours qui implique l’adaptation et la collaboration des partenaires
et ceci de façon plus ou moins consensuelle. Nous avons observé
que la réalisation de la tâche présente un schéma
récurrent et cyclique où les apprenants planifient
les contenus, discutent la formulation des énoncés qui les
véhiculent et révisent et évaluent constamment leur
production, le tout sous l’influence de la négociation.
On peut par conséquent affirmer que c’est la nature de la tâche
à réaliser qui permet l’émergence du travail en collaboration
: les apprenants disposent du temps nécessaire pour la mener à
terme (l’objectif communicatif du texte n’est pas immédiat) ; ils
sont obligés de négocier puisqu’ils doivent remettre un texte
unique ; et, finalement, ils sont conscients de l’objectif implicite qui
imprègne la plupart des activités en classe de langue, i.e.
l’adéquation à la norme. Cependant, il faut souligner le
fait que cette focalisation sur la forme est, en quelque sorte, intermittente.
En effet, l’idée de la norme plane dès que les apprenants
négocient le résultat final à intégrer dans
le texte (car on adoptera la forme jugée la plus correcte) tandis
que, quand ils se situent au niveau de la planification des idées,
font des commentaires à part ou révisent leur texte, il n’y
a pas de traces de cette focalisation. Il se produit, par conséquent,
un double niveau dans la production des apprenants qui correspondrait au
concept de bifocalisation déjà mentionné (BANGE 1992).
D’autre part, cette « activité réflexive »
(VASSEUR et ARDITTY, 1996) se manifeste dans notre corpus de façon
plus ou moins explicite comme nous verrons plus bas. Indépendamment
de leur degré d’explicitation, l’activité réflexive
qui caractérise ce discours en interaction renvoie aux différentes
composantes du système qu’est la langue. Ainsi, en nous inspirant
de la classification proposée par GOMBERT (1996), nous avons distingué
: activités métalinguistiques (métaphonologiques,
métasémantiques et métasyntaxiques) et activités
métadiscursives (métapragmatiques et métatextuelles).
L'activité métalinguistique la plus fréquente
porte sur le niveau métasémantique et correspond presque
toujours à une recherche lexicale de la part des apprenants. En
deuxième lieu, les éléments du niveau métasyntaxique
correspondent à des questions de morphologie ou de syntaxe qui constituent
traditionnellement des entraves dans le processus d'acquisition du FLE
par des apprenants hispanophones : place de l'adjectif, choix des déterminants,
accord du participe passé, etc. Nous n'avons presque pas trouvé
de références à la composante phonético-phonologique
de la langue puisque la tâche consistait à produire un texte
écrit ; en effet, même si les apprenants oralisent leur texte
au fur et à mesure qu’ils le rédigent, la prononciation ne
constitue pas pour eux un centre d’intérêt. L'orthographe,
en revanche, préoccupe beaucoup ce groupe d'apprenants et nous en
trouvons de nombreuses traces tout au long de la rédaction et surtout
lors de la phase finale de révision du texte. Finalement, pour ce
qui est de l’activité métadiscursive, les références
aux niveaux textuel et pragmatique ne sont pas nombreuses.
À titre d’exemple, nous présentons ci-dessous la transcription
de l’épisode et le schéma analytique correspondant à
la construction de l'énoncé :
(...) à cause de ça les familles de Canet ont des graves
problèmes économiques.
32. NE: o à cause de / aviam / ((elle lit))
comme vous savez l’entreprise Pulligan a été fermée
pour manque d’argent / à
33. MA: à cause de ça
34. NE: ((elle écrit)) à cause de ça
les familles de Canet
35. MA: d’accord
36. NE: ((elle écrit)) ont des ((elle lit))
à cause de / formal ou informal? de cela ou de ça?
37. MA: cela / de cela / si c’est une lettre / de
cela
38. NE: alors / de cela / ((elle lit)) les familles
de Canet ont
39. MA: besoin d’argent
40. NE: ((elle écrit)) ont
41. MA: besoin d’argent
42. OL: ont
43. NE: graves problèmes économiques
44. OL: graves o grèves
45. MA: graves
46. NE: grève es la
47. MA: grave c’est une
48. NE: c’est quand on doit réclamer et le
travail
49. MA: et dans la rue on proteste / grave
50. NE: ((elle écrit)) graves problèmes
51. MA: ont des graves problèmes
52. NE: je ne sais pas si on peut mettre / graves
problèmes / o problèmes graves / parce que quand je / fais
des rédactions =
53. MA: c’est des
54. NE: = on me dit toujours / mets mets l’adjectif
après
55. MA: avec graves problèmes
56. NE: des problèmes graves
57. MA: pour e::
58. OL: alors graves aussi au pluriel / non?
59. NE: oui
60. OL/NE: graves problèmes
61. OL: économiques
62. NE: ((elle écrit)) économiques
Schéma analytique :
13. (L61-62) économiques OL+ NE+
12. (L58-60) graves OL+ NE+ OL/NE+
11. (L57) pour MA+
10. (L52, 54-56) graves problèmes / problèmes graves
(NE) (NE) MA+ NE+
9. (L1-4) * des graves problèmes MA- MA-
8. (L44-49) graves / grèves OL? MA+ (NE) (MA) (NE) (MA)
7. (L43)(50) * graves problèmes économiques NE- NE-
6. (L39-42) besoin d’argent MA+ NE+ MA+ OL+
5. (L36-38) cela / ça NE? (MA) NE+
4. (L36) ont des A2- A1? A2-
3. (L34-35) les familles de Canet NE+ (MA)
2. (L33-34) ça MA+ NE+
1. (L32) à cause de NE+
3. 2. Typologie de procédés et fonctions
Nous présentons ci-dessous le tableau général
correspondant aux procédés utilisés par chaque apprenant
lors des negociations orales :
RP RF CM DM I/LE Lecture
MA 35 22 56 6 68 3 190
NE 77 22 44 26 47 36 252
OL 26 17 79 35 65 1 223
138 61 179 67 180 40 665
Formulation directe d’idées ou d’énoncés en LE
La nature même de la tâche détermine que le procédé
le plus fréquemment utilisé dans notre corpus soit la formulation
directe d’idées ou d’énoncés en langue étrangère
ou bien de parties d’énoncé (lexèmes, prépositions,
conjonctions, propositions...) qui visent à compléter le
texte. D’autre part, il faut dire que nous n’avons trouvé qu’une
intervention en langue maternelle et cela est dû, d’après
nous, au niveau de maîtrise des étudiants (ils ont un minimum
de 300 heures d’apprentissage de la langue), à la dynamique de la
classe, aux consignes du professeur (qui invite le groupe à s’exprimer
toujours en français) ou encore à la contrainte que suppose
le fait d’être enregistré. Nous n’avons pas observé
de différences significatives entre apprenants.
Exemple :
443. NE: = ici on cherche les personnes qui vont
participer et = // MA: oui / NE: = une fois les (X) seront déjà
or- organisés = / OL: après nous ferons
444. NE: = on vous tiendra au courant / OL: oui / le téléphone
Commentaires
Les commentaires sont également très nombreux dans notre
corpus et font référence aussi bien aux divers niveaux linguistiques
qu’aux opérations cognitives exercées par les apprenants,
ces dernières étant de loin les plus fréquentes. Globalement,
les différences entre apprenants ne nous semblent pas très
significatives bien que l’on constate que l’apprenante OL est plus portée
à faire des commentaires tandis que NE l’est moins. Finalement,
signalons que les fonctions principales des commentaires sont :
? accepter la proposition d’un autre apprenant,
? évaluer positivement la proposition d’un autre apprenant,
et
? exprimer son accord (ou son désaccord).
Exemple :
21. MA: on peut parler de la famille qui a: / qui
22. OL: notre(s) famille(s) / nous faisons une lettre directe / non?
= /MA: m::: / = mieux
23. OL: notre famille
Répétitions
Nous avons constaté un nombre important de répétitions
dans notre corpus, toutes en langue étrangère. Ces répétitions
indiquent l’existence d’une activité métalinguistique intense
sans qu’il y ait pour autant des éléments propres à
la métalangue, autrement dit, les répétitions permettent
aux apprenants de focaliser leur attention sur des aspects du code linguistique
sans utilisation de terminologie spécifique. Nous avons recueilli
les donnés obtenues dans le tableau suivant :
MA NE OL
ARP 13 13 19 45
(32,8%)
HRP 21 58 13 92
(67,1%)
34
(24,8%) 71
(51,8%) 32
(23,3%) 137
Deux types de répétitions apparaissent dans notre corpus:
les autorépétitions (ARP) et les hétérorépétitions
(HRP), ces dernières étant beaucoup plus nombreuses (67,1%
des occurrences) . Quant aux différences inter-apprenants observées,
plus de la moitié correspondent à NE et ceci à cause
de son rôle au sein du groupe : c’est elle qui se charge d’écrire
le texte, ses répétitions servent donc à intégrer
les parties du texte négociées, et rappeler aux autres membres
du groupe les fragments du texte accordés.
Les fonctions principales des autorépétitions sont
les suivantes :
? insister, notamment sur les propres options,
? intégrer des énoncés ou des fragments d’énoncés,
? dicter,
? rappeler aux autres membres du groupe des propositions ou des fragments
d’énoncé, et
? récupérer des éléments (idées,
lexèmes, etc.),
et pour ce qui est des niveaux linguistiques impliqués, la plupart
des autorépétitions concernent le niveau métasémantique
et le niveau métasyntaxique avec moins d’occurrences pour les niveaux
métamorphologique et métaphonologique.
Quant aux hétérorépétitions, les fonctions
principales sont :
? intégrer des fragments de l’énoncé,
? évaluer positivement la proposition d’un autre apprenant,
? rappeler aux autres membres du groupe des fragments d’énoncé,
? gagner du temps, et
? dicter,
Pour finir, il faut indiquer que, en ce qui concerne la grammaire,
seulement deux niveaux linguistiques sont touchés par les hétérorépétitions
: le niveau métasémantique et le niveau métasyntaxique.
Exemple :
38. NE: alors / de cela / ((elle lit)) les familles de Canet ont
39. MA: besoin d’argent
40. NE: ((elle écrit)) ont
41. MA: besoin d’argent
42. OL: ont
Demandes
Les demandes sont moins nombreuses dans notre corpus que les commentaires
mais, comme ceux-ci, elles font référence aux divers niveaux
linguistiques et aux opérations cognitives exercées
par les apprenants.
Exemple :
170. NE: ((elle lit)) on cherche / deux points / on cherche des
jeunes hommes / o[s]és
171. OL: euh d’autres synonymes pour mettre
Comme dans le cas des commentaires, le métacognitif dépasse
en nombre d’occurrences le métalinguistique et le métadiscursif.
Par contre, les différences entre apprenants semblent très
significatives : tandis que OL et NE ont une forte tendance à
interroger les autres (52,2% et 38,8% respectivement), MA ne formule presque
pas de demandes (0,8%). Ceci peut être dû au rôle qu’ils
ont dans le groupe (NE est celle qui écrit le texte donc, en quelque
sorte, elle en est l’ultime responsable), à leur personnalité
ou au type d’apprenant qu’ils sont ou qu’ils croient être (MA, par
exemple est persuadé d’avoir un meilleur niveau de langue que ses
copines ce qui fait qu’il préfère donner que demander des
informations) .
Reformulations
Les reformulations sont un autre procédé utilisé
par nos apprenants bien que leur nombre soit inférieur aux procédés
mentionnés jusqu’à présent. Le tableau suivant permet
de visualiser les données obtenues pour chacun des deux types (autoreformulations
-ARF- et hétéroreformulations -HRF) et pour chacun des trois
apprenants :
MA NE OL
ARF 7 6 5 18
(29%)
HRF 15 16 12 44
(70%)
22
(35%) 22
(35%) 17
(27,4%) 62
Comme dans le cas des répétitions, les hétéroreformulations
sont bien plus nombreuses que les autoreformulations. Nous n’avons pas
observé de différences significatives entre les trois apprenants
et, à l’exception de deux occurrences, toutes les reformulations
sont intralinguistiques, c’est-à-dire de la langue étrangère
à la langue étrangère.
Les fonctions principales des autoreformulations sont les suivantes
: proposer une autre option, et introduire un aspect de contenu. Celles
des hétéroreformulations : proposer une autre option, et
corriger la proposition d’un autre apprenant.
Finalement, les principaux aspects grammaticaux concernés relèvent
également des niveaux métasémantique et métasyntaxique.
Exemple :
8. OL: pour / pour mancance de::: de l’arg- non pour
9. NE: pour manque / pour manque?
10. MA: manque / un manque
Lecture
Les différences entre apprenants sont très significatives
pour ce qui concerne ce dernier procédé. En effet, le tableau
présenté plus haut montre que la presque totalité
des occurrences correspond à NE qui, comme il a été
dit, est la responsable d’écrire le texte. Dans ce cas, nous pouvons
conclure que le rôle de l’apprenant détermine le choix du
procédé utilisé.
3. 3. La métalangue
Le tableau ci-dessous montre le nombre d’occurrences relevé
dans notre corpus pour ce qui est de l’utilisation de termes de la métalangue
lors des divers procédés mis en oeuvre.
MA NE OL
Spécifique (LE) 4 15 4 23
Non spécifique (LE) 4 5 16 25
Non spécifique (L1) 1 1 1 3
9 21 21 51
Exemple de S-LE :
387. NE: ((elle lit)) à cause de cela / les familles de
Canet ont des graves problèmes économiques // on n’a plus
de sources / maintenant /// ici vous pensez que:: // il / il n’a pas besoin
d’un connecteur / parce qu’on a mis le le point ((elle lit)) on n’a plus
de sources maintenenant / on a trouvé une solution
Exemple de NS-LE :
163. OL: o nous faisons / m: de de différentes phrases
/ avec le même sens / non? on cherche des jeunes hommes osés
/ on cherche des: jeunes hommes e:: = / NE: on cherche
164. OL: = danseuses / on cherche /et après nous ferons
un nouveau spectacle
En premier lieu, il en ressort un équilibre clair entre l’utilisation
de terminologie spécifique et non spécifique. Ensuite, nous
observons que, à l’exception de trois cas, toutes les occurrences
ont lieu en langue étrangère. Quant aux procédés
au cours desquels la métalangue apparaît, il faut signaler
que la plupart des exemples correspondent aux commentaires (50%) et aux
demandes (30%). Finalement, nous avons observé des différences
significatives selon les apprenants ; en effet, NE se détache nettement
des deux autres apprenants pour ce qui concerne l’utilisation de terminologie
spécifique, tandis que dans le cas d’emploi de terminologie non
spécifique c’est OL l’apprenante qui l’utilise majoritairement .
Les fonctions principales relevées dans notre corpus sont
les suivantes :
? demander confirmation (sur des aspects divers) aux autres apprenants,
? justifier ou argumenter une proposition, une option, et
? initier ou continuer des explications.
Finalement, il faut remarquer que tous les niveaux linguistiques sont
concernés par l’utilisation de la métalangue, par ordre décroissant
d’importance : aspects orthographiques (11), textuels (9), sémantiques
(8), morphologiques (6), syntaxiques (5) et pragmatiques (5).
4. Conclusions
Les conclusions de notre travail vont dans le sens que la nature de
la tâche proposée aux apprenants conditionne notablement le
degré de réflexion sur la langue au cours des interactions.
Professeurs de langue étrangère, nous sommes conscientes
de la nécessité de proposer aux étudiants des activités
diverses qui visent soit une compétence surtout communicative soit
une compétence plus linguististique centrée sur la forme.
Dans cette perspective, la rédaction d’un texte écrit en
collaboration constitue le cadre idéal pour cette activité
de réflexion sur le code qui se manifeste, comme nous l’avons vu,
par l’émergence de phénomènes relevant de l’étayage
collectif.
D’autre part, cette réflexion métalinguistique concerne
tous les niveaux de la langue, depuis le niveau métaphonologique
aux niveaux métapragmatique et métatextuel, et se manifeste
dans notre corpus de façon plus ou moins explicite, avec ou sans
utilisation de terminologie métalinguistique. Nous avons montré
que les procédés qu’utilisent les apprenants pour résoudre
les divers problèmes linguistiques sont divers (répétitions,
reformulations, comentaires, demandes...) comme sont diverses les fonctions
remplies par ces procédés (encourager les autres, refuser,
prososer d’autres formulations ...). Finalement, la présence ou
absence de termes relevant de la métalangue ne détermine
pas le déroulement du travail en collaboration et n’en est qu’un
élément au même titre que les autres.
En dernier lieu, il s’est avéré que la nature de la tâche
détermine que certains procédés utilisés par
les apprenants soient plus fréquents que d’autres dans notre corpus
(par exemple la formulation directe d’énoncés ou d’idées
en langue étrangère ou les commentaires) de la même
façon que certains niveaux linguistiques soient plus concernés
que d’autres, par exemple le niveau métasémantique et le
niveau métasyntaxique.
5. Références bibliographiques
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GOMBERT, J.E. (1996). « Activités métalinguistiques
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TREVISE, A. (1996). « Réflexion, réflexivité
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VASSEUR, M.T., ARDITTY, J. (1996). « Les activités réflexives
en situation de communication exolingue : réflexions sur quinze
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VILLAMIL, O.S., GUERRERO, M. (1996). « Peer revision in the L2
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», Journal of Child Psychology and Psychiatry, nº 17, pp. 89-100.
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