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Parcours de modélisation à des fins didactiques d'un objet discursif complexe, le discours des conférences internationales : des modèles théoriques d'analyse du discours à la mise au point d'outils d'intervention pour les apprenants.
Résumé :
Cette communication va tenter de montrer comment,
dans le cadre de l'élaboration d'une formation spécialisée
au français des conférences pour fonctionnaires européens,
par le biais d'une simulation globale fonctionnelle, il a été
nécessaire de mettre au point une modélisation fine de l'objet
à simuler : le discours des conférences, puis de faire évoluer
cette construction théorique pour élaborer des outils d'intervention
adaptés, dans un mouvement de didactisation intégratif. Loin
de déboucher sur une programmation serrée des interactions,
des contenus, des activités, cette réflexion sur les liens
entre modélisation et didactisation dans un objectif de production
de discours semble plutôt conduire à sa remise en question
et à la fabrication d'un système hétérarchique
d'outils modulaires et ouverts d'accompagnement des prises de parole simulées.
Texte de la communication :
Cette communication va s'efforcer de montrer
comment, dans le cadre de l'élaboration d'une formation spécialisée
au français des conférences pour fonctionnaires européens,
il a été nécessaire de mettre au point une modélisation
fine de l'objet à simuler, puis de faire évoluer celle-ci
pour élaborer des outils d'intervention destinés à
la production de discours lors d'une conférence simulée.
La réflexion entreprise est ainsi marquée par le cadre institutionnel
dans lequel elle se développe - il s'agit d'un français à
usage professionnel - par le type de discours visé - le discours
des conférences internationales, et par le cadre méthodologique
choisi au plan didactique - la réalisation d'une simulation de conférence.
Nous n'entrerons pas ici dans le débat sur les langues spécialisées,
nous dirons simplement que la modélisation du discours-source nous
semble d'autant plus indispensable que celui-ci est éloigné
de la langue standard, sur les plans terminologique, énonciatif
et interactif, mais aussi praxéologique. Le chercheur/formateur
se trouve alors confronté à des types de productions discursives
et à un milieu qui lui sont étrangers, et se pose la question
: comment fonctionne ce discours, par quels modèles théoriques
l'appréhender, puis comment passer de ces modèles théoriques
à la formalisation d'outils destinés à favoriser la
production par les apprenants de ces mêmes discours ? Il y a donc
là un double mouvement, dans un premier temps du corpus vers, entre
autres, le dégagement des schémas actionnels sous-jacents,
puis dans un deuxième temps de ces schémas qui sont des contructions
théoriques de description des surfaces discursives vers la mise
au point d'outils de production de discours prenant en compte la spécificité
des interactions en conférence et évidemment le contexte
d'apprentissage d'une langue étrangère. Il va s'agir d'enseigner
des savoir-dire étroitement associés à des savoir-faire
institutionnellement codifiés.
I Du corpus aux schémas actionnels
La première partie de la communication
va s'attacher à montrer l'élaboration des schémas
actionnels à partir du corpus sélectionné. Nous nous
appuierons sur une définition du discours des conférences
mise au point dans le cadre d'une analyse de discours exhaustive qui nous
avons menée sur un corpus d' interventions en assemblée plénière
de la Conférence générale de l'Unesco, du Conseil
de l'Europe et du Parlement européen (Cali, 99) . Selon cette définition,
Le français des conférences est une mise en discours spécifique, particulière aux professions et fonctions exclusivement attachées au cadre et au déroulement d'une conférence internationale. La terminologie des conférences regroupe tous les termes et les notions requis pour la désignation adéquate des instances, des responsables et du cadre matériel de la conférence, comme ceux qui servent dans le processus de travail procédural et rituel, des travaux préparatoires à la dernière séance plénière. Le discours des conférences permet l'échange ordonné d'informations et la prise de décision, pour arriver à l'adoption d'une position finale, quelle qu'en soit la forme. Il n'inclut pas les langues spécialisées nécessaires pour traiter les thèmes propres à chaque conférence.
Pour décrire la spécificité du discours des conférences, il a été fait appel, outre à l'analyse du discours (Moirand, et les travaux du Cediscor), aux approches interactionnistes (Goffman, 1973, 1974, Kerbrat-Orecchioni, 1990,1997) et pragmatiques, à la perspective socio-cognitive (Bange 1990) pour le discours d'action, et enfin aux apports de la sociologie et de l'anthropologie pour ce qui touche à l'intelligibilité à donner aux phénomènes rituels observés (Abélès 1993, Augé 1994).
1- Mettre en évidence les séquences praxéologiques.
Le discours des conférences représente un discours d'action typique (Vignaux, 1988), articulant opérations cognitives et discursives. Nous allons nous limiter ici aux actions procédurales, c'est-à-dire ayant pour objet des actions liées au déroulement fonctionnel de l'assemblée : ouvrir et clore une séance, régler les délibérations, proclamer les décisions,etc. Ces actions procédurales lient intimement actions langagières et non-langagières, comme l'exemple retenu pour cette communication, la prise de décision en plénière, va le montrer. Nous avons choisi comme niveau de découpage actionnel du corpus la séquence, selon le modèle à 5 rangs exposé par Kerbrat-Orecchioni (1990). En effet le bornage d'une séquence s'appuie sur une cohérence sémantique et permet de dégager ainsi au niveau procédural des noyaux procéduraux transversaux aux séances, comme par exemple "ouvrir une séance, une session", "établir l'ordre du jour", etc... Ceux-ci vont permettre de sélectionner les schémas actionnels principaux articulant de façon nécessaire et suffisante les débats de toute conférence internationale.
Prenons donc la séquence "adopter une décision en plénière" ; dans une conférence de type UNESCO, cette séquence peut se trouver répétée une bonne dizaine de fois durant la session. En voici une réalisation, extraite de la Conférence générale de l' UNESCO qui eut lieu en 1985 à Sofia. La délégation de la Finlande vient de demander en plénière le report du vote sur l'élection de nouveaux membres du comité de rédaction et de négociation au lendemain 15 heures. Le président reprend la parole et statue sur cette demande. La séquence se compose de trois échanges du président avec successivement l'ensemble des délégués, puis la délégation de la France, puis de nouveau l'ensemble des délégués ; elle se termine par l'adoption de la proposition de la Finlande à l'unanimité.
22. LE PRÉSIDENT
je soumets la proposition du délégué
de la Finlande à la Conférence. Etes-vous d'accord ? Je donne
la parole au délégué de la France.
23. LE DÉLÉGUÉ DE LA FRANCE
(M. de Lataillade) :
Je vous remercie, Monsieur le Président.
Monsieur le Président, la délégation française
n'a pas demandé ce débat. Nous sommes prêts à
affronter maintenant le vote, mais nous ne nous opposerons pas au renvoi.
Nous le regretterons cependant parce que notre chef de délégation
sera absent à partir de demain, mais nous n'avons pas d'objections
à la proposition qui vient d'être faite. Je vous remercie,
Monsieur le Président.
24.1 LE PRÉSIDENT
Je demande maintenant à la Conférence
générale de se prononcer sur la proposition de la Finlande
de renvoyer le vote à demain 15 heures. Il n'y a pas opposition.
24.2 il en est ainsi décidé.
2- Les limites de l'approche séquentielle.
Le cadre théorique dans lequel nous nous
sommes explicitement placée nous permet d'aborder cette séquence
à plusieurs niveaux. Les conférences sont des milieux régis
par des règles de prises de parole très contraignantes, dont
le cadre général est donné dans des lieux de codification
(cali, 99) tels que les règles de procédure ou le règlement
intérieur de la conférence, mais dont les formes, linguistiques
notamment, relèvent du savoir expérienciel, et de la notion
d' univers de reconnaissance, telle qu'elle est développée
par Augé (1994, 1996). On le voit ici avec la formule performative
"il en est ainsi décidé", exemple de ce que Bourdieu appelle
le "langage autorisé". Sur le plan terminologique, celui des représentations
conceptuelles (Fillietaz, 1996), on remarque des expressions comme "accord,
vote, renvoi, objection, proposition", qui renvoient à des notions
terminologiques bien précises en conférence. Du point de
vue actionnel, celui qui nous intéresse au premier chef, le déroulement
de cet extrait soulève la question de sa cohérence.
Au niveau global de la séquence, il s'agit
d'une cohérence dictée par le Faire : statuer sur une proposition
pour la plénière, faire statuer pour le président,
de l'appel à exprimer la position des délégations
à son adoption formelle. Il en va de même pour la cohérence
interne au niveau des échanges, fondée sur l'alternance question/réponse,
verbale ou non verbale. En revanche, dans l'enchaînement des échanges
entre eux, force est de constater des "décrochages" inexpliqués
par la surface du discours même : le président réagit
aussitôt à la demande non verbale de prise de parole de la
délégation française, mais une fois cette prise
de parole effectuée, ne verbalise en aucune façon qu'elle
ait eu lieu. Des questions sur le sens de cette séquence restent
alors en suspens : pourquoi le président donne-t-il aussitôt
la parole à la délégation française ? Pourquoi
ne réagit-il d'aucune manière à son intervention ?
Quel statut attribuer à l'intervention française, qui ne
semble être ni un accord complet avec la proposition du président,
auquel cas il n'y aurait pas eu demande de prise de parole, ni un désaccord,
puisqu'elle ne s'oppose pas au report du débat ?
Ensuite, le fait que ce découpage de surface
ne s'accompagne d'aucune indication portant sur les objectifs généraux
sous-jacents de chacun des protagonistes n'aide pas à construire
le sens des interventions. Nous constatons que les trois interactants ont
des visées pragmatiques différentes : pour le président,
ce sera de faire adopter la proposition d'une délégation,
pour la délégation de la France, ce sera d'exposer sa position
de principe et d'exprimer à la fois son non-désaccord avec
la proposition, mais son regret sur le report du vote, pour le reste de
la plénière enfin, ce sera d'exprimer son accord avec la
proposition présentée. Ces objectifs sont englobants par
rapport aux visées illocutoires des actes de langage.
Enfin, ce découpage en l'état ne
permet pas d'indiquer les moments qui ont motivé les actions verbales
ou non verbales des locuteurs, et qui auraient pu conduire à un
tout autre polylogue. Ainsi par exemple, une réaction non verbale
alternative à l'intervention initiale du président aurait
pu être l'accord immédiat et unanime de la plénière.
D'autre part, après l'intervention du délégué
de la France, et avant la reprise de parole du président, il y a
eu une action mentale de ce dernier, consistant en l'interprétation
du contenu de l'intervention du délégué, pour conclure
qu'il s'agissait non d'un désaccord réel, mais de l'expression
d'un regret, et que par conséquent la procédure d'adoption
d'une proposition pouvait être reprise et menée à son
terme.
Pour conclure, il apparaît que le découpage
séquentiel, restant à la surface des discours, ne rend compte
ni des processus cognitifs en profondeur, ni des éléments
contextuels déterminants, et qu'il n'est donc pas satisfaisant en
l'état. Il présente cependant l'avantage de proposer une
hiérarchisation des réalisations discursives, essentielles
pour notre perspective didactique, ce qui justifie que nous allions
essayer de le compléter par d'autres emprunts théoriques
qui nous permettront de continuer de travailler l'articulation du langagier
et du cognitif.
3- L'approche par les théories de l'action.
Il est donc nécessaire de compléter
cela par un modèle tenant compte des théories de l'action
(Bange, 1992) Cette théorie implique également les notions
de plan, c'est-à-dire "un schéma d'action que l'acteur veut
transformer en acte", de stratégies, d'étapes qui correspondent
dans notre modèle descriptif à la notion d'échange,
ainsi que la notion de "bifurcation", "lieu d'articulation des raisons
d'agir et des buts de l'acteur, des buts de l'un et des raisons de l'autre.
A chaque bifurcation, plusieurs étapes nouvelles apparaissent possibles,
entre lesquelles l'acteur doit choisir le chemin qu'il effectuera". Tout
échange peut ainsi être décrit à trois niveaux,
le premier étant le plan stratégique d'organisation de l'action,
le second le niveau interactionnel, et le dernier le plan des réalisations
discursives correspondantes.
Le schéma ci-dessous va exposer une transcription
possible de la structure de ce modèle, qu'on pourrait qualifier
de type "iceberg", dans la mesure où l'affleurement perceptible
des informations contenues aux plans stratégique et interactionnel
se fait en surface au plan discursif dans la matérialité
des réalisations langagières :
réalisations langagières :
*réalisations de type verbal :
actes de langage
actualisation des schémas
praxéologiques
* réalisations de type non verbal :
signes convenus
demande de prise de parole,
silence, etc.
PLAN DISCURSIF
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------surface
des discours
* rôles interactifs :
président, délégués
etc.
* style individuel :
plus ou moins consensuel,
plus ou moins courtois,
plus ou moins directif etc.
dans les limites posées par le cadre institutionnel
* opérations cognitives :
catégoriser, comprendre, interpréter,
décider
* schémas d'intervention
PLAN INTERACTIONNEL
objectifs procéduraux ou rituels
fonction de :
* repères institutionnels :
type d'institution
culture interne
règles de procédure
*repères situationnels :
objectif global de la conférence
situation de la séance dans la session
informations géopolitiques
PLAN STRATÉGIQUE
4- L'approche praxéologique
La pragmalinguistique allemande a consacré
le terme de "praxéogramme" (Ehlich et Rehbein, 1972), repris ensuite
sous l'étiquette de "script" ou "scénario" (Schank et Abelson,
1977) pour décrire des schémas d'action routinisées
attachées à certains cadres interactionnels. Un praxéogramme
est un schéma théorique, indiquant le cadre interactif, les
interactants, les voies possibles, les boucles imaginables. Il ne décrit
pas la réalisation d'une interaction particulière,
mais il projette un savoir implicite en le formalisant. Il est certes lié
implicitement à des réalisations discursives, mais elle ne
sont pas inscrites dans le schéma. Cela convient parfaitement au
corpus d'une conférence internationale, régie par des règles
de prises de parole et d'action très strictes. On trouve d'ailleurs
trace de ces schémas praxéologiques au niveau du corpus,
sous forme d'exposition de représentations sur la façon dont
les procédures doivent être accomplies. On retrouve cette
notion dans le modèle modulaire de l'Ecole de Genève pour
décrire le discours, au niveau du module référentiel,
sous le biais des représentations praxéologiques qui guident
les interactants dans leur gestion du discours.
Dans une perspective didactique, axée
sur un objectif de production, nous avons besoin de l'ensemble de ces niveaux
: praxéologique, stratégique, discursif, et nous avons proposé
un schéma regroupant l'ensemble des informations importantes dans
une situation donnée pour pouvoir réagir adéquatement.
5- Un schéma intégratif
Pour le président :
Actions
Interactions Notions
spécialisées Réalisations
linguistiques
SCHÉMAS
PRAXÉOLO
GIQUES REPRÉSEN-
TATIONS
CONCEP-
TUELLES ACTES DE PAROLE
Faire statuer la plénière sur une
proposition adoption à l'unanimité /
exprimer son accord / son désaccord /
des regrets / une réserve / donner une explication de vote
Je soumets la proposition du délégué de la Finlande
à la Conférence. Etes-vous d'accord ?
etc.
Donner la parole Demande de prise de parole
prioritaire d'une délégation Je donne la parole
au délégué de la France.
Pour la conférence :
Actions
Interactions Notions
spécialisées Réalisations
linguistiques
SCHÉMA
PRAXÉOLO
GIQUE REPRÉSEN-
TATIONS
CONCEP-
TUELLES ACTES DE PAROLE
Adopter une proposition à l'unanimité
adoption à l'unanimité
exprimer son accord action non verbale
Pour la délégation de la France
:
Actions
Interactions Notions
spécialisées Réalisations
linguistiques
SCHÉMA
PRAXÉOLO
GIQUE REPRÉSEN-
TATIONS
CONCEP-
TUELLES ACTES DE PAROLE
Prendre la parole /clore son intervention
les remerciements rituels Je vous remercie, Monsieur le Président.
Préciser sa position exprimer son
accord / des regrets / une réserve / etc. cf extrait
initial
Ce schéma synthétise les trois entrées possibles pour décrire une action en conférence : l'entrée par les chaînes d'action, l'entrée par les notions en jeu, l'entrée par les réalisations linguistiques. L'entrée prioritaire, pour un discours d'action, est bien évidemment celle par les schémas praxéologiques, même si, dans la pratique, au niveau de l'intervention, une entrée par les concepts ou les actes de parole est tout aussi envisageable. Il représente un exemple de l'aboutissement de la réflexion sur la formalisation des chaînes d'action en conférence. Nous allons maintenant examiner comment l'utiliser et le faire évoluer pour qu'il serve d'outil d'intervention aux participants fictifs à la conférence.
II Du schéma actionnel intégré à l'outil d'intervention.
1- Rappel des prémisses.
Ainsi que le remarque Filliettaz (1997-53), il
demeure important, même dans un. milieu professionnel aussi codifié
qu'une assemblée délibérante, de ne pas perdre de
vue que ces schémas actionnels ne représentent qu'un balisage
possible de l'action à effectuer, et qu'ils ne sont pas réalisés
par les interactants de façon rigide ou mécanique, mais en
coopération étroite. Il y a coordination, négociation
d'un "agir collectif". Dans le cadre d'une simulation de conférence
internationale en langue étrangère, il est essentiel de garder
à l'esprit que les participants ne vont pas réaliser des
schémas d'intervention du type des canevas de dialogue que l'on
trouve dans certaines méthodes communicatives, ou du type des arborescences
sous-jacentes aux méthodes multimédia, par exemple. Celles-ci
sont contraintes, avec des rôles et des interventions prévues
à l'avance, qui ne laissent pas de place à ce que Bange (1992)
appelle "la relative imprévisibilité des interactions", qu'il
reformule sous le concept de caractère "émergent" des interactions.
Ainsi qu'il le note :
La facilité plus ou moins grande à agir en conformité avec un schéma d'action réciproquement partagé dépend de la précision et de la profondeur du savoir que possède chacun des participants sur le schéma et sur ses implications, c'est-à-dire que le déroulement effectif d'une interaction dépend aussi de chacun des partenaires qui peut, en outre, dévier, oublier, refuser etc. On retrouve ici le caractère à la fois schématique et émergent de toute interaction.
Dans une conférence, simulée ou réelle, les participants vont interagir à partir des objectifs de leur délégations - les positions de négociation -, à partir des contraintes institutionnelles - les règles de procédure - et géopolitiques, et le résultat va dépendre de toutes ces variables, et de leur habilité à les c ombiner.
2- Les conséquences didactiques : un résultat
paradoxal
Cette double qualité, antagoniste, des
échanges conduit au plan pédagogique à jouer sur les
deux tableaux, si l'on veut respecter une cohérence entre nature
des interactions et forme de l'outil pédagogique proposé.
C'est-à-dire qu'il faut fournir aux participants les éléments
pouvant rendre compte des étapes prévisibles d'une interaction,
et de l'autre côté, à veiller à ce que cet outil
schématique ne les gêne pas dans leur liberté de réaction
lors de l'échange. Car le but poursuivi ici n'est pas de les entraîner
à suivre un schéma, mais, connaissant un schéma général,
à gérer l'imprévisible et la variabilité qui
ne manquent jamais d'advenir, même dans les situations procédurales
les plus banales. Cela suppose de renoncer à construire des canevas
d'intervention prévoyant les tours de parole de chacun des interactants,
car à ce moment-là, ceux-ci se trouvent en situation de reproduction
d'une interaction possible, pensée pour eux, mais dont la dynamique
leur est étrangère, comme elle est étrangère
à une communication authentique qui suppose un espace spontané
de développement et de co-construction du sens entre les interactants.
Cette piste n'a donc pas été retenue.
Pour permettre aux participants de tester leurs
compétence dans une situation d'échange structurellement
semblable à ce qui se passe en réalité, on n'a pas
d'autre choix que de proposer un outil dont on aura pris connaissance au
préalable mais qu'on n'aura pas à suivre. Il sera à
compulser et à garder "sous le coude" pour vérification
ponctuelle. Ce sera un outil pluriel, composé des règles
de procédure arrêtées par la conférence, du
glossaire des termes spécialisés élaborés partiellement
en commun, et d'un référentiel didactisé des schémas
d'intervention, présentés sous une forme allégée,
sous forme de fiches. Ce référentiel représente une
adaptation des tableaux récapitulatifs des schémas actionnels,
adaptation concernant surtout la forme, pour permettre une lisiblité
immédiate des phénomènes importants. Pour toutes les
fiches, cela signifie éliminer la métalangue, comme par exemple
"représentations conceptuelles" qu'on peut remplacer ici par "expressions-clés",
le titre générique "schéma praxéologique prototypique"
par "schéma d'intervention", "interactants" par "acteurs". A l'intérieur
du schéma, il est essentiel de conserver l'indication de l'objectif
général, et les étapes avec la description des actes
de langage, qui sont des éléments d'orientation et de repérage
importants. Pour ce qui concerne l'énumération des
réalisations langagières, elle peut être allégée
suivant les fiches, et pour toutes, le verbe-pivot supportant l'action
ou les articulateurs en cas d'argumentation doivent être mis en gras.
Ces réalisations langagières, dans la logique des remarques
faites au point sur le langage autorisé et la variabilité,
doivent être présentées, à quelques exceptions
près déjà citées, non comme des formules obligatoires,
mais comme des réalisations possibles, avec repérage des
élements discursifs les plus signifiants pour l'objectif pragmatique
recherché, avec la possiblité de construire d'autres formulations
à partir du cadre de base.
3- Exemple du schéma d'intervention :
Mettre les questions aux voix et proclamer les décisions.
Acteur : le président
Objectif : Prendre une décision en plénière
Expressions clés :
soumettre à approbation
se prononcer sur une proposition
adopter une recommandation à l'unanimité
1- Faire approuver une proposition.
"je soumets à votre approbation la proposition
du Comité d'élire le Royaume-Uni comme membre du Comité
juridique en remplacement des Etats-Unis.
Je considère que cette proposition est
approuvée." C 9
"Je demande maintenant à la Conférence
générale de se prononcer sur la proposition de la Finlande
de renvoyer le vote à demain 15 heures. Il n'y a pas opposition.
24.2 il en est ainsi décidé." C
17
2- Adopter une recommandation.
"Je remercie le Président du Conseil
exécutif et je soumets à votre approbation la recommandation
du Conseil qui figure dans le Document 23 C /10. S'il n'y a
pas d' objections, je vous suggère d'accepter cette
recommandation à l' unanimité.
La recommandation est adoptée."
C 9
décider sans vote 3- Prendre une décision
sans vote
"Il ressort de l'intervention du délégué
de la Finlande qu'il ne reste plus qu' un seul candidat au poste à
pourvoir. Puis-je par conséquent considérer que [...] la
Conférence générale souhaite décider sans vote
que la Suisse sera le cinquième Etat membre du Groupe 1 qui
siégera au Groupe de rédaction et de négociation?
En l'absence d'objections, il en est ainsi décidé."
C 19
CONCLUSION
Pour conclure, nous avons tenté de montrer
comment l'analyse et la réflexion sur la nature des interactions
en conférence a amené à profondément modifier
le modèle d'outil pédagogique initialement envisagé.
Alors que l'on était partie de l'idée de schéma actionnel
et de matrices de production de discours, les notions de construction,
d'émergence et de négociation du sens dans les interactions
ont conduit à proposer un outil d'intervention ouvert, sous forme
modulaire, hétérarchique, couvrant les plans terminologique,
discursif et praxéologique, et qui se veut un élément
parmi d'autres destiné à favoriser la prise de parole. Il
resterait à étudier, dans les interventions d'apprenants
à plénière, l' impact de ce dispositif d'aide à
l'intervention sur la pertinence des productions.
.
BIBLIOGRAPHIE
AUGÉ M. (1996) : " Toutes les cultures
sont des univers de reconnaissance ", Le Français dans le Monde,
n° spécial : Le discours : enjeux et perspectives, Paris, Hachette,
p.47-54.
BANGE P. (1992) : Analyse conversationnelle et théorie de l'action, Paris, Crédif, Hatier/ Didier éditeurs, collection LAL, Langues et apprentissage des langues.
CALI C., CHEVAL M., ZABARDI A. (1995) : La conférence internationale et ses variantes, Paris, Hachette.
CALI C. (1999) : Rituels langagiers dans les prises de parole en contexte multilingue : la simulation globale "la conférence internationale" à l' épreuve de l'analyse du discours. Thèse ss la direction de S. Moirand, Université de Paris III- La Sorbonne nouvelle, à par. chez l'Harmattan.
CALI C. (2000) : "Les échanges rituels dans le discours des conférences internationales : de la célébration des valeurs-totems de l'organisation au travail de la face des délégués", à par. dans les Carnets du Cediscor 7, n° sur les interactions en situation professionnelle , Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle.
EHLICH K., REHBEIN J. (1972) : "Zur Konstitution pragmatischer Einheiten in einer Institution : Das Speiserestaurant", Linguistische Pragmatik, Francfort, éd. par Wunderlich D., Editions Athenaüm, , pp. 209-254.
FILLIETTAZ L. (1996) : "Vers une approche interactionniste de la dimension référentielle du discours", Cahiers de linguistique française n° 18, Approches modulaire, pragmatique et expérientielle du discours et des énoncés. Université de Genève.
KERBRAT-ORECCHIONI C. (1990 ) : Les interactions verbales, Paris, A. Colin, Tome 1, 2 et 3.
MOIRAND S. (1990) : "Pour une analyse de discours adaptée à des objectifs didactiques", Journal of applied Linguistic 6, Université de Thessalonique, pp. 59-74.
ROULET E. (1997) : "A modular approach to discourse
structures", Pragmatics, Vol.7- N° 2, Antwerp, pp.125-146.
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| Création:
8.10.99
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