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Les pictogrammes sont des messages graphiques
non verbaux, à but informatif ou injonctif, de nature globale (c'est-à-dire
qu'un message entier est exprimé par un pictogramme) et au tracé
majoritairement iconique. Il sont en général considérés
comme des écrits univoques et transparents, faciles d'accès,
simples à décrypter. Ce postulat, largement répandu
parmi les créateurs de ces signes et les lecteurs ordinaires, ne
résiste pas à l'analyse : les pictogrammes se révèlent
être beaucoup plus complexes dans leur structure et leur fonctionnement
que leur iconicité ne le laisse supposer au premier abord, d'une
part parce que les pictogrammes sont des signes mixtes, comportant, certes,
de l'iconique, mais aussi du symbolique par nature conventionnel et d'autre
parce qu'un tracé, même iconique, répond à des
critères culturels.
Cette recherche veut interroger le pictogramme
sous l'angle de la réception. Aussi notre objet est-il de chercher
à savoir comment les pictogrammes sont perçus et interprétés
par le lecteur ordinaire, comment celui-ci accède au sens de ces
signes particuliers qui, à l'exception de la signalisation routière,
ne font l'objet d'aucun apprentissage formel.
Par le biais d'une expérimentation, des
verbalisations orales du sens en cours de construction ont été
recueillies, au sujet de pictogrammes présentés hors contexte
ou en contexte. L'analyse permet de mettre au jour certains des mécanismes
de la construction du sens par les lecteurs, parmi lesquels on remarque
l'importance des schémas (au sens de Bartlett et de ses épigones).
C'est ce point que nous nous proposons de développer ici.
Face aux pictogrammes, il semble que les lecteurs
activent la plupart du temps un schéma qui sert de cadre à
la construction du sens. Ce schéma est activé dès
que le lecteur prend contact avec le pictogramme. En témoigne la
spontanéité presque systématique des interprétations,
à savoir que soit l'interprétation, soit ses premiers éléments
émergent dès que le lecteur prend connaissance du pictogramme.
On remarque en outre que les interprétations spontanées ne
sont jamais remises en cause par les lecteurs, comme s'il n'y avait pas
de retour en arrière possible. Ainsi, il semble qu'une fois qu'un
schéma est activé il est très difficile, voire impossible
d'en changer, d'où la difficulté à corriger une interprétation
déviante, même lorsqu'il se présente des incohérences.
La double présentation des pictogrammes
(hors contexte et en contexte) met en évidence le rôle du
contexte qui est essentiellement de permettre au lecteur d'activer le bon
schéma et par là de parvenir à la bonne interprétation.
En témoignent certaines interprétations déviantes.
Citons à titre d'exemple le pictogramme signifiant "produit corrosif"
(voir figure), dont les gouttes ont parfois été identifiées
comme étant du sang, activant le schéma "transfusion sanguine".
Une telle interprétation n'aurait pas émergé en contexte.
Notre analyse met donc en lumière l'importance
des schémas dans l'interprétation des pictogrammes comme
cadres élaborés par les lecteurs pour aider à la construction
du sens. Elle met également en lumière le rôle du contexte
qui ici est essentiellement d'orienter le lecteur vers le bon schéma
qui le conduit à l'interprétation correcte.
| Création:
8.10.99
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