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Négociations pour une connaissance "acceptable" : point de
vue didactique
Abstract
L'impact du dispositif didactique sur la construction individuelle
de la connaissance est capital : cette évidence admise, il s'agit
d'en prendre la juste mesure en évaluant l'influence de facteurs
tels que, par exemple, le format interactif et les contrats —global puis
local— dans lesquels se déroule une activité pédagogique.
Parmi les nombreuses activités de classe, la conceptualisation
en est une particulière en ce qu'elle est précisément
conçue pour donner lieu à l'explicitation des connaissances
(qu'elles soient de nature grammaticale ou autre) et en ce qu'elle accorde
une place prépondérante à la négociation prolongée
de ces connaissances.
Le contrat local est souvent énoncé sous forme d'une
consigne qui explicite l'objectif à atteindre et les modalités
d'interaction pour ce faire. L'observation de séquences de conceptualisation
conduit cependant à s'interroger sur des clauses cachées
du contrat didactique : il apparaît en effet fréquemment que
l'objectif visé est atteint (ou semble atteint) sans que pour autant
l'activité cesse.
Il s'agit ici, à travers une analyse des interactions liées
à cette activité de conceptualisation d'une règle
grammaticale, dans une classe de F.L.E. en France, de comprendre :
• comment l'enjeu de connaissance est mis en scène dans et par
le dispositif didactique,
• à quel moment et selon quelles modalités, l'énonciation
de la règle est validée par l'expert (= enseignant),
• pourquoi certaines énonciations de la règle sont rejetées
malgré leur évidente qualité explicative,
• quels peuvent être les effets de ces rejets sur l'évaluation
et la construction de la règle par les non-experts (= apprenants).
La construction de la connaissance est examinée ici dans le
contexte du collectif de la classe qui conditionne largement l'accès
des individus-apprenants étrangers à la compréhension
des phénomènes linguistiques et culturels cibles sans toutefois
en être la seule instance opératoire.
Il reste que cette instance est investie d'une légitimité
reconnue par les apprenants dans l'ultime évaluation de "l'acceptable"
selon les normes que l'enseignant est chargé de rappeler et de transmettre
in fine.
Version provisoire
NÉGOCIATIONS POUR UNE CONNAISSANCE ACCEPTABLE
Danielle Boissat - Université Lyon 2, GRIC-UMR 5612
PRESENTATION DU CORPUS & DE LA PROBLEMATIQUE
Il s'agit donc, dans une classe de F.L.E. en France, d'un corpus constituté
d'une suite d'interactions liées à une activité de
conceptualisation d'une règle grammaticale : en l'occurence, il
s'agit de rendre compte de l'emploi différencié des pronoms
compléments "lui/le/l'/la".
Le découpage retenu ne reprend pas les catégories connues
dans les différents modèles d'analyse de la communication
en classe de langue ; il s'appuie dans une première approche
globale, sur trois dimensions essentielles de la réalisation de
l'activité : la chronologie des tâches, les modalités
interactives du travail effectué par les participants et la variation
des documents engagés comme déclencheurs.
On observe l'alternance programmée de plusieurs phases de travail
en modalités interactives
– de tandems ou trios auxquels l'enseignant peut parfois prendre part
en mode sottovoce et
– de collectif où l'enseignant anime les échanges, questionne
et commente à la cantonnade.
Passée l'introduction de la séquence, chaque nouvelle
présentation de document déclencheur donne lieu
à la succession (i) sous-groupes (ii) collectif, des modes d'interactions
de travail.
Seules les négociations se situant dans la phase (ii), sont
étudiées, pour des raisons à la fois pratique (problème
d'audibilité) et méthodologique puisqu'il s'agit ici essentiellement
d'analyser et de comprendre :
• comment l'enjeu de connaissance est mis en scène dans et par
le dispositif didactique,
• à quel moment et selon quelles modalités, l'énonciation
de la règle est validée par l'expert (= enseignant),
• pourquoi certaines énonciations de la règle sont questionnées
et/ou différées malgré leur évidente qualité
explicative.
C'est dans ces phases collectives de travail que sont réalisées
les deux opérations majeures de mise en scène du dispositif
—explicitée dans les consignes— et de validation/non-validation
de l'énonciation de la règle —effectuée nécessairement
à la cantonnade—
Le terme de "négociation" introduit ci-dessus peut prêter
à confusion et être contesté s'agissant de l'appliquer
au contexte de la classe. Le concept renvoie cependant, dans le domaine
de la didactique, à divers courants méthodologiques que l'on
retrouve aussi bien en langues qu'en sciences .
Les modes d'appropriation et d'inculcation des connaissances sont variés
et aux deux pôles se situent deux démarches qu'on pourrait
schématiser ainsi : l'une privilégiant un mode vertical de
transmission où l'expert délivre et transmet ses connaissances
aux non-experts qui les apprennent, l'autre, horizontale, s'appuyant sur
l'hypothèse que, pour être compréhensible et intégrable
toute connaissance doit être préalablement explicitée
et négociée par les apprenants eux-mêmes .
L'activité dite de conceptualisation, en classe de langue, est
conçue précisément pour donner lieu à l'explicitation
des connaissances (qu'elles soient de nature grammaticale ou autres) et
à la négociation prolongée de ces connaissances.
Elle s'apparente à la résolution de problèmes développée
dans d'autres secteurs de l'enseignement. Dans le présent exemple
de classe FLE, la consigne énoncée en début de séance
par l'enseignant définit clairement cette option : il y est question
de trouver une solution à un fonctionnement grammmatical posé
comme problématique. Cette consigne initiale sera plusieurs fois
reformulée au cours de la séance, mais gardera la même
base définitoire de l'enjeu (extrait 1).
Les apprenants sont ainsi mis en position d'adopter une démarche
inductive explicite : l'observation d'un corpus de données doit
les amener à :
– induire, individuellement d'abord, une règle rendant compte
d'un fonctionnement morpho-syntaxique en français puis
– construire communautairement une énonciation acceptable de
cette règle.
Il s'agit d'une activité de co-résolution à géométrie
variable puisque, dans certaines phases, les négociations d'interprétation
et de formulation impliquent seulement deux apprenants sans tiers-participant
(phase tandem) et que, dans les phases collectives analysées ici,
un tiers-participant est institué par le cadre interactionnel du
dispositif didactique.
OUTILS D'ANALYSE DES INTERACTIONS
À l'image de ce qui se déroule dans une classe de sciences,
on retrouve dans une séquence de conceptualisation en Lé
:
– l'enjeu de co-contruction d'un savoir à expliciter,
– les modalités de mutualisation & de négociation
des interprétations de phénomènes, ici, langagiers,
– le rôle majeur du guidage de l'enseignant pour contester les
propositions irrecevables (ou/et organiser la contradiction), sélectionner
et faire converger les pistes prometteuses, faire émerger la solution
et en vérifier la compréhension partagée.
J'emprunterai donc à P.H. Scott, le cadre d'analyse qu'il développe
pour rendre compte du fonctionnement des interactions en classe de sciences
et de la dynamique de construction des connaissances.
Il retient trois types de données : "the content of discourse,
the form of the utterances, the patterns in the flow of the discourse"
que je traduirai par
1– l'orientation du contenu de l'énoncé de l'apprenant
: cette orientation est-elle en concordance ou en discordance avec ce que
l'enseignant a prévu de valider ? autrement dit, ce contenu est-il
compatible/incompatible avec l'objectif d'apprentissage prédéfini
?
2– le format des énoncés, que ceux-ci soient le fait
des apprenants ou de l'enseignant. Sont distinguées trois catégories
(i) descriptif (ii) explicatif (iii) généralisant
3– le format prototypique de l'enchaînement des interventions
en classe : élicitation + réponse + évaluation
( en anglais "IRF": "initiation + response + feedback")
UNE MISE EN SCENE CONVENUE
La mise en scène qui instaure la fiction de l'activité
est réalisée contractuellement entre des participants qui,
au départ, s'entendent pour jouer à deviner une solution
déjà connue et qui, par la suite, se laissent progressivement
prendre au jeu. La convention de fiction n'est pas remise en cause au niveau
global du contrat didactique et l'expert pose ses questions pour obtenir
des données déjà en sa possession . Dans la micro-séquence
étudiée on peut dénombrer 83 questions de la formatrice
dont :
– 38 fois "POURQUOI" : « pourquoi on met/vous mettez…? pourquoi
ça va pas? pourquoi ça tombe mal ?»
– 23 fois "QUoi" : « qu'est-ce qu'on met…? qu'est-ce qu'on rajoute
? qu'est-ce qu'ils remplacent ? »
– 6 fois "QUAND" : « quand est-ce qu'on met…? et quand y a pas
de préposition ? »
– 4 fois "COMMENT" : « on dit comment ? »
avec pour prototype l'intervention 17 qui dévoile l'enjeu de
la séquence (extrait 2) :
Contribuent à la mise en scène, d'abord, la définition
explicite, effectuée par la formatrice, de rôles et de compétences
attribués aux apprenants (extraits 3 : 91) puis, le sous-entendu
de sa supposée ignorance (extraits 3 : 103) et l'aveu de sa réelle
ou feinte incompréhension (extraits 9 : 161).
Au début de la séquence, cependant, quelques apprenants
semblent vouloir faire reconnaître leur incapacité ou/et leur
peu d'intérêt à répondre à ce type de
questionnement et à dénoncer l'illusion de la compétence,
en avançant l'argument rebattu du "c'est comme ça, ça
ne s'explique pas" qui sera décliné, ensuite, par pratiquement
tous les apprenants, à un moment ou un autre de la micro-séquence.
(extraits 4)
Une apprenante se hasarde même, au cours de la séance
de présentation qui se prolonge, à réclamer timidement
une explication de l'expert qui se dérobe en faisant réénoncer
sa question initiale (extrait 5). Par la suite, les acteurs se mettent,
de bonne grâce, en place pour participer au jeu des hypothèses.
NEGOCIATIONS DES CONNAISSANCES
1• Le prérequis essentiel, pour qu'une négociation s'engage,
est qu'il y ait, au départ, un litige entre des participants qui
ont une volonté d'aboutir à une (pro)position convergente
.
Dans le cas étudié, le litige peut être constitué
par la divergence interprétative hautement probable s'agissant d'apprenants
non-natifs examinant le fonctionnement grammatical d'une langue étrangère
;
L'enjeu de convergence est institué, comme on l'a vu précédemment,
par l'enseignant dans sa consigne. Il est assuré aussi par la bonne
volonté des participants qui est, sinon sous-entendue, au plus,
fortement encouragée à travers la mise en place du format
coopératif des tâches (cf, la succession des modalités
de travail en tandems puis en collectif) et l'affichage répété
que l'enseignant effectue des capacités des apprenants à
"travailler ensemble", à "échanger avec le voisin", à
"mettre les idées en commun pour trouver une solution" (cf extraits
1 & 3).
Les négociations qui se développent dans les phases de
tandems seraient, sans nul doute, intéressantes à étudier,
car, de nature et de format, autres que celles étudiées ici
dans les phases de regroupement. Menées en l'absence du tiers expert
et en annexe de la négociation collective, elles s'organisent vraisemblablement
fort différemment d'un tandem à l 'autre.
2• La dynamique de la négociation des connaissances est assurée
par la divergence attendue des interprétations et hypothèses
que les apprenants non-natifs élaborent seuls, ou parfois, avec
le renfort douteux d'une explication, à peine remâchée,
d'un ouvrage savant ou d'un cours précédent. Parmi les hypothèses
très déconcertantes avancées pour expliquer le choix
de pronoms compléments le/l'/lui, citons (extraits 6) :
extraits 6
104 Afi — [****] l'apostrophe c'est parce que il demande une action
il fait une action
117 Afi — quand c'est le () c'est parce que c'est au féminin
() non?
223 Aam — à mon avis c'est simple lorsqu'on a celui-ci celui
donc ce n'est pas lui y a le à () celui celui-ci donc le à
remplace lui
215 Ava — donc Ahmet a dit lorsqu'on trouve lui on remplace par à
() préposition plus le prénom () quand y en a pas lui c'est
le on met puis
[ oui]E
Une hypothèse émise peut faire l'objet d'un désaccord
patent de la part des apprenants, la gestion du désaccord s'organise
cependant sous la responsabilité de l'enseignant qui oriente la
négociation par ses demandes de précision (extraits 7 : 119-40-45
; extraits 9 : 165), et de justification (extraits 7 : 121, 251) ou, qui
confirme le désaccord (extraits 7 : 157).
Alternent des énoncés à format descriptif, explicatif
et généralisant avec, cependant,
– à mi-parcours, une forte proportion d'explicatifs, introduits
par les "parce que … + c'est comme ça, …+ il demande une action,
…+ c'est au féminin, …+ y a une voyelle, …+ y a pas de à"
ou "à cause de … la préposition à" ;
– en fin de micro-séquence, de plus en plus de généralisations
introduites par "à chaque fois que/quand… on met /y a … " ou encore
"on trouve toujours ce à… ", ou questionnées sous forme
de "est-ce que c'est toujours vrai ?".
Non répertorié en classe de sciences et, sans doute,
spécifique à la classe de Lé, apparait un format d'énoncé
de type normatif qui va du "on peut pas dire, c'est pas bien", "ça
va pas", "ça sonne pas juste", "ça sonne pas bien à
l'oreille", à "on peut bien dire…", "c'est possible" qui met en
jeu une connaissance intuitive du fonctionnement de la langue, développée
plutôt en contexte d'appropriation hors classe, s'agissant d'apprenants
exposés à l'usage de la langue en milieu francophone.
3• Deux types de dangers menacent le déroulement et l'existence
même de l'activité de négociation collective : l'accord
immédiat des apprenants sur une position et/ou l'enlisement dans
un format descriptif (extraits 8 : 6, 139-71, extraits 7 : 154) ou normatif
(extrait 7 : 141-44, 254).
Quand une position commune irrecevable est adoptée par la majorité
(cf extraits 4), le rôle de l'enseignant est alors de réfuter
ou de rejeter lui-même la position adoptée (extrait 3 : 91).
Quand il y a blocage sur un format descriptif ou normatif, il s'agit
pour l'enseignant de faire évoluer les apprenants vers un format
explicatif (extraits 8 : 7) ou/et généralisant en encourageant
les apprenants à poursuivre l'expérience d'observation et
de test des données (extraits 8).
Autre tactique observée : celle du "oui mais" que l'on retrouvera
aussi en évaluation des réponses de type explicatif des apprenants.
GUIDAGE & PROCEDES DE (IN)VALIDATION DES CONNAISSANCES
Dans l'enchaînement élicitation–réponse–évaluation,
le principe de négociation collective conduit à faire co-exister
plusieurs évaluations et plusieurs élicitations des connaissances,
d'origine, à la fois, apprenante et enseignante. Autrement dit,
l'enseignant n'est pas seul en charge de ces deux opérations.
En fait, on observe la mise en place, de la part de l'enseignant, d'une
procédure de guidage sous forme de doublage quasi systématique
de certaines élicitations émises par les apprenants : la
question d'une apprenante est reprise par la formatrice et renvoyée
au groupe, le "pourquoi" est répété (cf. extraits
7: 250-251, 253). De même une réponse explicative ou généralisante
peut être reprise par la formatrice qui sollicite des précisions
et des vérifications (extraits 9 : 161-63-65).
Ces conduites de doublage et de reprise font office de signalisation
des pistes à suivre — pistes désignées comme engageantes
et prometteuses de solution.
• Quand cette procédure est absente, trois hypothèses
sont envisageables :
– soit l'explication (ou la question) n'a pas été entendue
donc n'a pas pu être prise en compte et relayée,
– soit l'explication fournie ou demandée ne présente
aucun intérêt pour arriver à la résolution de
la question initiale, autrement dit, le contenu de l'explication proposée
n'est pas en concordance avec celui prévu par l'enseignant,
– soit elle semble prématurée dans la programmation du
cours.
Dans le cas présent, la première hypothèse semble
peu probable compte tenu de la vigilance qu'exerce la formatrice pour baliser
les pistes ; la deuxième, qui est évoquée par P.H.
Scott à propos du fonctionnement de la classe de sciences, paraît,
elle aussi, peu probable dans une classe de Lé où il serait
méthodologiquement coûteux d'ignorer ou de laisser passer
des interprétations non concordantes ou déviantes (cf extraits
6). L'enseignant se doit, ici, d'exercer un droit de poursuite en réclamant
des précisions ou en renvoyant à d'autres interprétations
concurrentes émises dans la classe.
• Reste la troisième hypothèse, la plus plausible, me
semble-t-il, si on s'en réfère au postulat même relatif
à la transmission de données par négociation.
Il est clair que certains apprenants, plus avertis, peuvent très
tôt dans la séquence énoncer une réponse acceptable
(extraits 10 : 68, 131-35, 144-47-48-50).
Si l'enseignant validait immédiatement la solution proposée
par l'apprenant, cela le renverrait quasiment au schéma du mode
vertical de transmission des connaissances où un plus expert énonce
la règle aux moins experts. Se reposeraient alors, la question de
sa compréhensibilité et la nécessité de sa
vérification par l'application.
En laissant se dérouler une négociation des connaissances
à travers l'activité de conceptualisation, l'enseignant,
d'abord, effectue un état des lieux (qui connaît quoi ? sous
quelles formes ?) et des connaissances en partage, puis, il s'assure
d'une circulation et d'une progression dans le partage de connaissances
acceptables.
La validation prématurée d'une connaissance acceptable
aurait pour effet d'interrompre cette circulation qui emprunte quelques
itinéraires détournés et déviants qu'il convient
de repérer et d'invalider ou de faire invalider par le groupe.
Par ailleurs, telle formule partiellement et ponctuellement acceptable
ne constitue pas nécessairement une garantie de bonne compréhension
de la part de celui/celle qui l'émet ; un exemple édifiant
est produit par l'apprenante Saïda qui, au tout début de la
mise en route de l'activité, avance une proposition toute prête
qu'elle réénoncera plusieurs fois au cours de la négociation
et sur laquelle, par la suite, elle sera amenée à s'interroger
(extraits 11 : 27, 29,31 ; extraits 10 : 68 ; extraits 7 : 250-57).
CLAUSE SUBSIDIAIRE au contrat de l'activité de conceptualisation
La formulation et la réénonciation de la règle
par la communauté des apprenants ne sont pas, bien sûr, les
seuls éléments pris en compte par l'enseignant pour évaluer
le degré de compréhension atteint. Comme on l'a déjà
vu, les apprenants sont constamment invités à tester leurs
propositions en s'appuyant sur les textes soumis à observation dans
leur activité de conceptualisation, et ce particulièrement,
dans les phases de travail en tandem (extraits 12).
La validation la plus explicite que l'on trouve dans la micro-séquence
étudiée se base, d'ailleurs, sur cette procédure de
vérification de la solution avancée (extraits 13).
Cependant, la consigne initiale renvoie bien à la recherche
d'une solution, sous forme d'explication, communautairement énonçable
et acceptable. Cela conduit donc les participants à aboutir à
une formulation compréhensible de tous et acceptable par l'expert.
En conséquence, ce n'est que, lorsque tous les apprenants auront,
à un titre ou un autre, participé au partage, et qu'ils auront
donné des garanties de compréhension, que l'enseignant-arbitre
mettra un terme à la partie de fiction (extrait 14).
Tous les apprenants ne sont pas, même après de longues
observations des données et de nombreux échanges avec leurs
partenaires, toujours en mesure de justifier leurs réponses, mais
les tentatives les plus maladroites de réappropriation de la connaissance
sont, de fait, prises en compte, à un moment donné de la
négociation.
Dans le cas étudié, il apparaît que certains apprenants
se trouvent à occuper des rôles déterminés dans
l'économie fonctionnelle de l'activité et la dynamique de
la négociation : certains se spécialisent dans l'explication
(les plus avertis et les plus rapides : Ahmet, Amadou, Rachida), d'autres,
dans le questionnement ou la remise en cause (les plus sceptiques ou les
plus imaginatifs… : Filomène, Saïda, Vanda) et quelques-uns,
de compétence linguistique plus modeste (Zelda, Ozgul), se voient
attribuer par l'enseignant le rôle d'élément de référence
pour une explication acceptable (extraits 14 : 197, 203) ou de répétiteur
général de la règle (extrait 15).
Dans ce type de dispositif didactique reposant sur le principe de négociation,
le rôle de l'enseignant n'est pas tant de valider/invalider une hypothèse
que d'organiser la mise en concurrence des hypothèses en réintroduisant
des sources de litige et en balisant les pistes intéressantes
à parcourir. Les apprenants sont ainsi conviés à explorer,
par une médiation longue et complexe, des interprétations
qu'ils pouvaient difficilement soupçonner et mettre en doute, seuls.
La clause subsidiaire du contrat pourrait alors s'énoncer ainsi
: "il ne suffit pas qu'une solution soit énoncée conformément
à la règle connue pour être simplement ratifiée
; la connaissance doit, pour être définitivement homologuée
et jugée acceptable, circuler et être partagée par
le maximum des participants à l'activité de conceptualisation"
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| Création:
8.10.99
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