J.Dûmichen |
Fondé en 1872, l'Institut d'Egyptologie de
l'Université de Strasbourg est le plus ancien des cinq instituts universitaires
de cette discipline en France. Lors de la création de la nouvelle Université
impériale, les autorités scientifiques allemandes décidèrent que la jeune
science égyptologique figurerait parmi les enseignements prodigués dans la
capitale alsacienne. Le premier titulaire de cette chaire fut Johannes Dûmichen,
un des élèves du berlinois R. Lepsius. Dûmichen s'était rendu célèbre par ses
missions épigraphiques en Egypte. Ainsi, dès sa création, cette chaire fut
occupée par un homme de terrain. Dûmichen mena encore plusieurs missions en
Egypte d'où il rapporta estampages et photographies. Jusqu'en 1884, la faculté
de philosophie, à laquelle était attachée l'égyptologie, occupait le château des
Rohan. Puis l'Institut pris place dans le nouveau Palais Universitaire, au
premier étage de l'aile nord. C'était la première fois, semble-t-il, qu'un
Institut d'égyptologie était prévu dans un projet d'architecture universitaire.
Dûmichen acheta des moulages et déposa sa collection d'estampages à l'Institut.
Lorsqu'en 1894 il décéda, il fut remplacé par son jeune élève W. Spiegelberg,
qui avait également suivi l'enseignement de G. Maspero à Paris. Spiegelberg
resta titulaire de la chaire jusqu'en 1919 et fit de nombreux séjours en Egypte,
participant à plusieurs chantiers de fouille, notamment anglais dans la
nécropole thébaine. Il entreprit de constituer une collection "enseignements"
(Unterrichtsammlung), achetant des objets sur le terrain dans le but de réunir à
Strasbourg des exemples de presque tous les types d'objets produits par
l'ancienne Egypte. A son départ de Strasbourg, la collection comptait plus de
2000 objets, dont des ostraca et des papyrus. Pendant cette période, la chaire
de Strasbourg connut un grand rayonnement et de nombreux égyptologues allemands
et étrangers vinrent se former auprès de W. Spiegelberg.
De 1919 à 1949,
l'enseignement fut repris par Pierre Montet. Cet homme de terrain, inventeur des
tombeaux royaux de Tanis, enrichit la collection de Strasbourg avec des pièces
d'Abou-Roach (première dynastie) et un imposant matériel venu de Tanis. Secondé
par l'Abbé Bucher, il poursuivit l'oeuvre de W. Spiegelberg et la collection
compta jusqu'à 3000 pièces. Pendant la guerre, la collection fut déménagée à
Clermont et quelques pièces furent perdues pendant cette opération.
De 1953 à
1963, l'Institut fut dirigé par le professeur J. Leclant. Celui-ci réorganisa la
collection, présentée dans des vitrines entourant la salle de cours dans les
locaux du rez-de-jardin. Pendant cette période, quelques dons d'objets
enrichirent la collection. De plus, un abondant lot de céramiques et d'objets
provenant des fouilles nubiennes de J. Leclant fut déposé à l'Institut. Vers la
même époque, la bibliothèque ainsi que les archives de l'Abbé Drioton, ancien
directeur du Service des Antiquités d'Egypte furent acquises par la Bibliothèque
Nationale et Universitaire de Strasbourg, augmentant considérablement les outils
de recherche de l'égyptologie strasbourgeoise. Après le départ du professeur
Jean Leclant, l'enseignement fut assuré par trois maîtres de conférences, P.
Derchain (de 1963 à 1968), J. Parlebas (de 1968 à 1995), Nathalie Baum (maître
de conférences associé de 1995 à 1997). Actuellement, l'Institut et ses
collections sont dirigés par le professeur Claude Traunecker nommé en 1997,
secondé par Madame Annie Schweitzer pour la gestion de la collection.
W.
Spiegelberg publia un catalogue d'un choix (environ 80 objets) des plus belles
pièces, quelques objets furent publiés plus tard par divers chercheurs, mais
pour l'essentiel cette importante collection est inédite.
Les collections
d'objets, d'estampages et de moulages jouent un rôle essentiel dans la vie de
l'Institut d'Egyptologie. Les choix effectués par W. Spiegelberg reflètent la
vocation pédagogique de cette collection. On peut dire que toutes les formes de
productions artistiques et artisanales de l'Egypte ancienne sont représentées.
Même si parfois les objets sont modestes, tous les domaines de la documentation
égyptologique sont représentés. On y rencontre tous les types d'écriture de
l'ancienne Egypte, depuis les sceaux archaïques jusqu'aux stèles romaines et
coptes, en passant par toutes les formes d'écritures cursives.
Les estampages,
dont l'inventaire est encore en cours, sont une richesse particulière à ce
centre égyptologique car nombre de ces inscriptions ainsi accessibles
proviennent de monuments à présent disparus. Certains d'entre eux sont inédits
ou très mal édités de sorte que ces feuilles de papiers moulés conservées à
Strasbourg constituent les seuls témoignages de documents parfois importants.
Quant aux moulages, estimés à une soixantaine, certains d'entre eux ont pris une
importance particulière, l'original étant détruit.
L'intérêt scientifique de ces
collections en grande partie inédites est évident. Le catalogage et la
publication documentaire sont des objectifs attendus par le public scientifique.
Des objets de la collection figurent régulièrement dans de grandes expositions
internationales. Actuellement, un choix des plus belles pièces est exposé au
Musée Archéologique de Strasbourg jusqu'à la fin 1999. Dans les nouveaux locaux
de l'Institut, inaugurés en décembre 1998, une attention particulière a été
portée à la présentation de certaines pièces dans un espace d'exposition.
L'essentiel de la collection est stocké dans une réserve-laboratoire
spécialement aménagée à cet effet et équipée de moyens informatiques destinés au
catalogage et à la documentation.
Il faut insister sur l'importance de ces
collections pour l'enseignement. Cette importance touche non seulement à la
forme mais aussi au contenu même de cet enseignement. Non seulement chaque cours
d'archéologie peut être illustré par un objet, mais la proximité et la présence
de cette documentation en dimensions réelles permet à l'étudiant d'acquérir par
la pratique la maîtrise des techniques difficiles commes l'épigraphie
hiéroglyphique. C'est là une richesse unique en France. La richesse et surtout
la diversité des collections alimentant directement et quotidiennement
l'enseignement de l'égyptologie et de ses métiers, la volonté de transmettre un
savoir faire pratique et spécialisé répondant aux demandes, font de Strasbourg
un pôle égyptologique unique en France.
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